
Les gourdes en cuivre sont devenues des objets « santé ».
On les retrouve sur les sites consacrés à l’Ayurveda, au bien-être et à l’alimentation naturelle. Les arguments avancés sont nombreux : purification de l’eau, meilleure digestion, soutien de l’immunité, action antioxydante, détoxification, amélioration de la peau, énergie, parfois même aide au contrôle du poids.
Le raisonnement paraît cohérent.
Le cuivre est indispensable à l’organisme.
Le cuivre possède réellement des propriétés antimicrobiennes.
Et lorsque de l’eau reste au contact d’un récipient en cuivre, une certaine quantité de cuivre peut effectivement passer dans l’eau.
Ces trois affirmations sont vraies.
Mais permettent-elles de conclure que boire quotidiennement de l’eau conservée dans une gourde en cuivre améliore notre santé ?
C’est précisément là que les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.
Comme nous l’avons déjà vu dans notre article consacré au marketing autour des différentes formes de magnésium, une propriété réelle d’un minéral peut progressivement devenir un argument commercial beaucoup plus large que ce que les études permettent réellement d’affirmer.
Nous allons donc essayer de séparer ici la tradition, la chimie, les propriétés antimicrobiennes, les quantités réellement ingérées, l’absorption intestinale, la qualité du cuivre utilisé et les promesses marketing.
Réponse directe
Oui, laisser de l’eau dans un récipient en cuivre entraîne généralement le passage d’une certaine quantité de cuivre dans l’eau.
Oui, plusieurs expériences montrent qu’un stockage suffisamment prolongé dans du cuivre peut fortement diminuer certaines bactéries pathogènes présentes dans l’eau.
Mais la quantité de cuivre libérée dépend énormément de la durée, du pH, de la température, de la composition de l’eau, de l’état de la surface et du récipient utilisé.
Et surtout, les études montrant une action antibactérienne dans le récipient ne démontrent pas que boire cette eau améliore la digestion, l’immunité, la détoxification ou favorise la perte de poids.
Le paradoxe de la gourde en cuivre pourrait donc être le suivant :
son effet le mieux démontré se produit peut-être davantage dans la gourde, sur certains microorganismes présents dans l’eau, que dans notre organisme après avoir bu cette eau.
Pourquoi utilise-t-on traditionnellement des récipients en cuivre ?
L’utilisation du cuivre pour conserver l’eau est très ancienne.
En Inde notamment, le stockage de l’eau dans des récipients en cuivre est associé aux pratiques traditionnelles ayurvédiques.
Mais il faut replacer cette pratique dans son contexte historique.
Pendant une grande partie de l’histoire humaine, il n’existait ni réseau moderne d’eau potable, ni chloration contrôlée, ni filtration domestique comparable à ce que nous connaissons aujourd’hui.
La conservation de l’eau était donc un véritable problème sanitaire.
Or le cuivre possède une propriété extrêmement intéressante : il est toxique pour de nombreux microorganismes.
La tradition pourrait donc avoir rencontré empiriquement une propriété que la microbiologie moderne permet aujourd’hui de mesurer.
Cette manière d’observer une substance non pas isolément mais dans ses relations avec le milieu rejoint également la lecture Yin-Yang, qui cherche à comprendre les équilibres et les interactions plutôt qu’à attribuer une propriété absolue à une substance.
Le cuivre agit-il réellement sur certaines bactéries présentes dans l’eau ?
Oui.
C’est probablement l’aspect le plus solide scientifiquement de toute l’histoire.
En 2012, Sudha et ses collaborateurs ont volontairement contaminé de l’eau avec plusieurs bactéries responsables de maladies diarrhéiques :
- Vibrio cholerae O1
- Shigella flexneri
- Escherichia coli entérotoxinogène
- Escherichia coli entéropathogène
- Salmonella Typhi
- Salmonella Paratyphi
L’eau contenait initialement environ 500 unités formant colonie par millilitre.
Elle a ensuite été conservée pendant 16 heures à température ambiante dans des pots en cuivre.
Après ces 16 heures, les chercheurs ne parvenaient plus à récupérer les bactéries sur leurs milieux de culture. La récupération échouait également après une étape d’enrichissement destinée à favoriser leur croissance.
La concentration de cuivre mesurée dans l’eau était pourtant seulement de :
177 ± 16 µg/L
soit :
0,177 mg de cuivre par litre.
Il faut être précis sur l’interprétation.
Les chercheurs parlent de perte de cultivabilité des bactéries étudiées. L’expérience est très intéressante, mais elle ne permet pas à elle seule d’affirmer qu’un récipient en cuivre constitue un procédé universel de désinfection.
Lire l’étude complète : Sudha et al., 2012
Référence scientifique
Sudha VBP, Ganesan S, Pazhani GP, Ramamurthy T, Nair GB, Venkatasubramanian P.
Storing Drinking-water in Copper pots Kills Contaminating Diarrhoeagenic Bacteria.
Journal of Health, Population and Nutrition. 2012. 30(1):17-21.
DOI : 10.3329/jhpn.v30i1.11271
PMID : 22524115
Une autre étude a également montré une forte activité antibactérienne du cuivre sur des bactéries entériques présentes dans l’eau.
Ce que ces travaux démontrent est donc essentiellement :
eau contaminée + cuivre + durée suffisante de contact → forte diminution de la cultivabilité de certaines bactéries.
Ils ne démontrent pas :
boire cette eau → amélioration générale de l’immunité ou de la santé.
Ce sont deux questions très différentes.
Combien de cuivre passe réellement dans l’eau ?
Une étude publiée dans Applied Water Science a suivi l’évolution de la concentration en cuivre lorsque de l’eau potable était conservée dans un récipient en cuivre.
Au départ, l’eau contenait environ :
0,009 mg/L
Après stockage :
| Durée | Cuivre mesuré |
|---|---|
| 12 heures | 0,327 mg/L |
| 24 heures | 0,482 mg/L |
| 48 heures | 0,519 mg/L |
| 72 heures | 0,521 mg/L |
| 96 heures | 0,710 mg/L |
| 168 heures | 0,813 mg/L |
168 heures correspondent à 7 jours.
Lire l’étude complète dans Applied Water Science
Référence scientifique
Manne R, Kumaradoss MMRM, Iska RSR, Devarajan A, Mekala N.
Water quality and risk assessment of copper content in drinking water stored in copper container.
Applied Water Science. 2022. 12:27.
DOI : 10.1007/s13201-021-01542-x
Ces résultats montrent clairement que du cuivre passe dans l’eau.
Mais ils ne constituent surtout pas une valeur universelle applicable à toutes les gourdes.
Une autre expérience portant sur une eau à pH 7,83 obtenait par exemple seulement 0,177 mg/L après 16 heures.
Nous avons donc déjà, avec deux expériences, des quantités sensiblement différentes.
Pourquoi une gourde ne fournit pas une « dose » fixe de cuivre
On ne peut donc pas écrire :
« Une gourde en cuivre apporte 0,3 mg de cuivre. »
La quantité dépend notamment :
- de la durée de contact
- du pH de l’eau
- de la température
- de l’oxygène dissous
- de la minéralisation de l’eau
- de la surface de cuivre en contact
- de l’état de la surface
- de son oxydation
- de la présence éventuelle d’un revêtement
- des conditions d’entretien de la gourde
Une gourde remplie à 8 heures puis terminée à 10 heures n’est donc pas équivalente à une gourde dans laquelle l’eau est restée toute la nuit.
C’est un point particulièrement important lorsque certains fabricants recommandent précisément de laisser l’eau plusieurs heures dans le cuivre avant de la boire.
Combien cela représente-t-il réellement ?
Prenons simplement la valeur mesurée après 12 heures dans l’étude de Manne :
0,327 mg/L.
Cela représente approximativement :
| Eau consommée | Cuivre ingéré |
|---|---|
| 500 mL | 0,164 mg |
| 750 mL | 0,245 mg |
| 1 litre | 0,327 mg |
Après 24 heures, avec 0,482 mg/L :
| Eau consommée | Cuivre ingéré |
|---|---|
| 500 mL | 0,241 mg |
| 750 mL | 0,362 mg |
| 1 litre | 0,482 mg |
Ce n’est pas négligeable.
Mais ce n’est pas non plus une quantité extraordinaire lorsqu’on la compare à l’alimentation.
Comparons la gourde avec ce que nous mangeons
Les données du National Institutes of Health permettent de replacer ces quantités dans leur contexte.
| Aliment | Portion | Cuivre |
|---|---|---|
| Foie de bœuf | 85 g | 12,4 mg |
| Huîtres cuites | 85 g | 4,85 mg |
| Chocolat non sucré | 28 g | 0,938 mg |
| Pomme de terre | 1 moyenne | 0,675 mg |
| Shiitakés cuits | ½ tasse | 0,650 mg |
| Noix de cajou | 28 g | 0,629 mg |
| Graines de tournesol | ¼ de tasse | 0,615 mg |
| Chocolat noir 70 à 85 % | 28 g | 0,501 mg |
| Pois chiches cuits | ½ tasse | 0,289 mg |
NIH : Copper – Fact Sheet for Health Professionals
Prenons notre litre d’eau contenant 0,327 mg de cuivre après 12 heures dans l’expérience précédente.
Une portion d’huîtres apporte :
4,85 mg.
Elle apporte donc près de 15 fois plus de cuivre.
Une portion de foie de bœuf en apporte près de 38 fois plus.
Une portion de noix de cajou apporte presque deux fois plus de cuivre.
Une portion de chocolat noir apporte également davantage de cuivre que ce litre d’eau.
Cette comparaison remet sérieusement en perspective l’idée d’une eau exceptionnellement « enrichie en cuivre ».
De combien de cuivre avons-nous besoin ?
Le cuivre est un oligoélément essentiel.
Il intervient notamment dans :
- la production énergétique mitochondriale
- le métabolisme du fer
- la formation du tissu conjonctif
- le fonctionnement du système nerveux
- le fonctionnement du système immunitaire
- certaines défenses enzymatiques antioxydantes
- la formation des vaisseaux sanguins
La référence nutritionnelle américaine pour l’adulte est de :
900 µg par jour
soit :
0,9 mg par jour.
Voir les données du NIH sur le cuivre
Mais le fait qu’un élément soit indispensable ne signifie pas automatiquement qu’en ajouter davantage améliore la santé.
C’est précisément l’un des glissements que l’on retrouve régulièrement dans le marketing des compléments alimentaires.
Quantité ingérée et quantité absorbée ne sont pas la même chose
Le cuivre constitue un très bel exemple de régulation biologique.
L’absorption intestinale n’est pas fixe.
Selon les données métaboliques reprises par le NIH, la biodisponibilité du cuivre peut atteindre environ :
75 % lorsque l’alimentation contient seulement 0,4 mg de cuivre par jour
mais descendre vers :
12 % lorsque l’apport atteint 7,5 mg par jour.
Autrement dit, plus l’apport augmente, plus la fraction absorbée tend à diminuer.
L’organisme dispose de mécanismes destinés à maintenir son homéostasie du cuivre.
Cela signifie qu’une comparaison nutritionnelle ne peut pas s’arrêter à :
« J’avale X milligrammes donc mon organisme reçoit X milligrammes. »
Ce n’est pas ainsi que fonctionne la physiologie.
Cette capacité permanente du corps à ajuster l’absorption, l’utilisation, le stockage et l’élimination d’un élément est justement une bonne illustration de la cohérence du vivant : un élément n’agit jamais seul, il s’intègre dans un ensemble de mécanismes de régulation.
Le marketing transforme facilement une fonction physiologique en promesse commerciale
Prenons quelques raisonnements fréquents.
Le cuivre participe au fonctionnement normal du système immunitaire.
Cela est vrai.
Mais on peut ensuite lire ou entendre :
« boire de l’eau de cuivre renforce donc l’immunité ».
Cette deuxième affirmation nécessite une démonstration supplémentaire.
Le cuivre participe à certaines enzymes antioxydantes.
Cela est vrai.
Mais cela ne démontre pas automatiquement que :
« l’eau de cuivre détoxifie l’organisme ».
Le cuivre intervient dans le métabolisme énergétique.
Cela est vrai.
Cela ne démontre pas que :
« boire cette eau augmente votre énergie ».
Le cuivre possède des propriétés antimicrobiennes.
Cela est également vrai.
Mais cela ne démontre pas que :
« boire de l’eau de cuivre améliore votre microbiote ou votre digestion ».
C’est exactement le mécanisme que nous avions observé dans notre article Magnésium : la vérité sur les différents sels et le marketing des compléments.
Une propriété réelle d’un nutriment devient progressivement une propriété supposée du produit qui le contient.
Or :
une fonction biologique d’un nutriment n’est pas une preuve d’efficacité clinique du produit qui apporte ce nutriment.
Le véritable intérêt pourrait être dans le récipient
Les expériences microbiologiques conduisent même à regarder la tradition d’une autre manière.
Le cuivre pourrait avoir été historiquement intéressant non parce qu’il transformait l’eau en complément alimentaire, mais parce que le récipient lui-même rendait progressivement l’environnement moins favorable à certains microorganismes.
Cela expliquerait également l’importance du temps de stockage.
Une eau restant 12 ou 16 heures au contact du cuivre n’est pas comparable à une eau mise dans une gourde puis bue immédiatement.
Cela donne à la pratique traditionnelle du stockage nocturne une cohérence intéressante.
Mais il faut rester prudent.
Une gourde en cuivre ne remplace pas un procédé de potabilisation
Les expériences citées ont étudié certaines bactéries dans certaines conditions.
Elles ne démontrent pas qu’une gourde élimine systématiquement :
- tous les virus
- tous les parasites
- toutes les bactéries
- les pesticides
- les solvants
- les métaux lourds
- les polluants chimiques
Une eau dont la potabilité est douteuse ne doit donc pas être considérée comme sûre simplement parce qu’elle est restée plusieurs heures dans un récipient en cuivre.
L’action antibactérienne observée est intéressante.
Elle n’est pas synonyme de potabilisation universelle.
Le pH change complètement la situation
C’est probablement le point de sécurité le plus important de tout l’article.
Une étude menée notamment par des chercheurs de la FDA a mesuré la libération de cuivre depuis du cuivre métallique et depuis des récipients commerciaux en cuivre.
Les chercheurs ont comparé :
- de l’eau déionisée
- une solution d’acide citrique
- une solution d’acide malique
- une solution d’acide acétique
- différentes températures
- différentes durées de contact
Le résultat est extrêmement clair.
Les milieux acides augmentent considérablement la libération de cuivre.
Avec des récipients commerciaux non revêtus exposés à une solution contenant 3 % d’acide citrique pendant 180 minutes, la libération de cuivre était environ 25 à 45 fois plus importante qu’avec des récipients possédant un revêtement.
Avec de l’eau déionisée, les quantités libérées étaient très inférieures.
Lire l’étude complète sur PubMed Central
Référence scientifique
Koontz JL, Liggans GL, Redan BW.
Temperature and pH affect copper release kinetics from copper metal foil and commercial copperware to food simulants.
Food Additives & Contaminants: Part A. 2020. 37(3):465-477.
DOI : 10.1080/19440049.2019.1704447
PMID : 31914361
Cette étude apporte donc une information beaucoup plus importante qu’un simple « le cuivre passe dans l’eau ».
Ce que vous mettez dans votre gourde compte énormément.
Pourquoi je ne mettrais pas de citron dans une gourde en cuivre nu
Une eau ordinaire et une eau citronnée ne constituent pas du tout le même environnement chimique.
L’acidité favorise l’ionisation et la libération du cuivre.
La littérature scientifique rapporte également des épisodes d’intoxication associés à des boissons acides conservées dans des récipients en cuivre.
Le Food Code américain traduit directement cette réalité chimique en recommandation réglementaire.
Le cuivre et les alliages de cuivre ne doivent normalement pas être utilisés au contact direct d’aliments ou boissons dont le :
pH est inférieur à 6
comme :
- le vinaigre
- les jus de fruits
- le vin
Pour une gourde en cuivre non revêtue, le conseil pratique est donc extrêmement simple :
de l’eau.
Et j’éviterais :
- l’eau citronnée
- les jus de fruits
- le vinaigre
- les boissons acides
- les préparations dont on ne connaît pas le pH
Consulter le Food Code de la FDA
Peut-on consommer trop de cuivre ?
Oui.
Le cuivre est indispensable mais, comme de nombreux éléments essentiels, une exposition excessive peut devenir problématique.
L’Organisation mondiale de la Santé maintient une valeur guide pour l’eau potable de :
2 mg/L de cuivre.
Cette valeur a notamment été construite à partir des connaissances sur les effets gastro-intestinaux du cuivre.
Elle ne constitue évidemment pas une quantité qu’il faudrait chercher à atteindre.
C’est une valeur guide sanitaire, pas un objectif nutritionnel.
OMS : Copper in drinking-water
L’EFSA a réévalué en 2023 les valeurs sanitaires concernant le cuivre.
Elle a établi une dose journalière admissible de :
0,07 mg/kg de poids corporel par jour
soit environ :
5 mg de cuivre par jour pour un adulte.
Point important :
5 mg/j ne correspond pas à un seuil à partir duquel le cuivre deviendrait soudain toxique.
L’EFSA considère plutôt cette valeur comme une exposition quotidienne protectrice, suffisamment basse pour qu’une rétention hépatique du cuivre ne soit pas attendue chez la population générale.
Les données disponibles suggèrent que la rétention du cuivre devient plus préoccupante lors d’expositions chroniques plus élevées, notamment autour de 6 à 8 mg/j dans certaines études métaboliques.
Lire l’avis scientifique complet de l’EFSA
Référence scientifique
EFSA Scientific Committee.
Re-evaluation of the existing health-based guidance values for copper and exposure assessment from all sources.
EFSA Journal. 2023. 21(1):7728.
DOI : 10.2903/j.efsa.2023.7728
Certaines personnes doivent être particulièrement prudentes
La régulation du cuivre n’est pas identique chez tout le monde.
La maladie de Wilson constitue l’exemple évident.
Cette maladie génétique perturbe l’élimination du cuivre et peut entraîner son accumulation dans différents organes, notamment le foie et le cerveau.
Dans cette situation, chercher volontairement à augmenter l’exposition au cuivre n’a évidemment pas la même signification que chez une personne disposant d’une homéostasie normale.
Plus généralement, lorsqu’une pathologie modifie le métabolisme du cuivre, cette question doit être évaluée médicalement.
NIDDK : alimentation et maladie de Wilson
Mais de quel cuivre votre gourde est-elle réellement fabriquée ?
Nous arrivons maintenant à une question rarement abordée dans les publicités.
On lit partout :
« cuivre pur »
« 100 % cuivre »
« cuivre ayurvédique »
« cuivre pur à 99,9 % »
Mais ces expressions ne suffisent pas à caractériser un matériau.
Des qualités industrielles de cuivre à plus de 99,9 % existent effectivement.
Il est donc parfaitement possible de fabriquer une gourde avec un cuivre présentant ce degré de pureté.
Mais une affirmation commerciale :
« cuivre 99,9 % »
n’est pas la même chose qu’une analyse effectuée sur le produit.
Que contient le reste ?
Un métal composé à 99,9 % de cuivre contient encore jusqu’à 0,1 % d’autres constituants.
Dans d’autres gourdes analysées, le pourcentage de cuivre peut être légèrement inférieur.
On peut notamment retrouver, selon le matériau :
- du zinc
- du fer
- de l’étain
- du nickel
- du plomb à l’état de traces
- du cadmium à l’état de traces
- de l’arsenic à l’état de traces
- d’autres éléments métalliques
La présence d’une trace d’un métal ne signifie cependant pas que la gourde est dangereuse.
Et surtout :
composition du métal ≠ migration vers l’eau.
C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre.
Ce qui est dans le métal et ce qui passe dans l’eau sont deux questions différentes
Prenons une gourde dont le métal contient une quantité infime de plomb.
Cela ne signifie pas que cette quantité de plomb se retrouve dans l’eau.
Pour savoir ce que boit réellement l’utilisateur, il faut mesurer la migration.
C’est précisément pour cette raison que les recommandations européennes concernant les métaux au contact des aliments s’intéressent à des limites spécifiques de libération.
La véritable question n’est donc pas seulement :
« De quoi ma gourde est-elle constituée ? »
mais également :
« Quels éléments cette gourde libère-t-elle dans l’eau et dans quelles conditions ? »
Que dit la réglementation européenne ?
Dans l’Union européenne, les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments et les boissons relèvent du règlement général :
Règlement (CE) n° 1935/2004.
Il établit notamment que les matériaux ne doivent pas libérer leurs constituants dans les aliments à des niveaux susceptibles de présenter un danger pour la santé humaine.
Ils ne doivent pas non plus modifier de manière inacceptable la composition, le goût ou l’odeur des aliments.
Commission européenne : réglementation des matériaux au contact des aliments
La DGCCRF rappelle également ces obligations pour les matériaux au contact des denrées alimentaires.
DGCCRF : matériaux au contact des denrées alimentaires
Pour les métaux et alliages, il n’existe pas actuellement de mesure spécifique totalement harmonisée au niveau de l’Union européenne.
Le Conseil de l’Europe, par l’intermédiaire de l’EDQM, publie donc un guide technique consacré aux métaux et alliages utilisés dans les matériaux au contact des aliments.
Ce guide définit notamment des limites spécifiques de libération pour différents éléments métalliques et décrit les méthodes permettant de tester cette migration.
EDQM : Metals and alloys used in food contact materials and articles
Autrement dit, demander seulement :
« Votre gourde est-elle en cuivre pur ? »
est insuffisant.
Une question beaucoup plus pertinente serait :
« Avez-vous réalisé un test de migration et puis-je consulter les résultats ? »
Une gourde « testée en laboratoire » : qu’est-ce que cela signifie réellement ?
Cette expression est devenue extrêmement courante.
Mais sans informations supplémentaires, elle reste très vague.
Il faudrait idéalement connaître :
- le nom du laboratoire
- la méthode d’analyse
- le modèle de gourde testé
- le lot testé
- la composition métallique mesurée
- les éléments recherchés
- les limites de détection
- les conditions du test de migration
- la durée du contact
- la température
- le liquide utilisé pour l’essai
Une analyse métallurgique et une analyse de migration répondent à deux questions différentes.
La première demande :
« De quoi est fabriquée cette gourde ? »
La seconde :
« Qu’est-ce qui passe réellement dans ce que je bois ? »
Pour le consommateur, cette deuxième question est probablement encore plus importante.
Et le revêtement intérieur ?
Autre question essentielle.
Pour que l’eau interagisse réellement avec le cuivre, elle doit être en contact avec du cuivre accessible.
Certaines bouteilles possèdent un revêtement destiné à limiter la migration du métal.
L’étude de Koontz et ses collaborateurs est particulièrement intéressante à ce sujet.
Les récipients recouverts d’un vernis alimentaire ont libéré beaucoup moins de cuivre que les récipients en cuivre nu lorsqu’ils ont été placés en contact avec une solution d’acide citrique.
Donc une bouteille dont l’intérieur est entièrement revêtu ne se comporte évidemment pas de la même manière qu’une bouteille dont l’intérieur est constitué de cuivre nu.
À l’inverse, un vernis uniquement extérieur destiné à protéger l’aspect esthétique de la gourde ne bloque pas nécessairement les échanges entre l’eau et le cuivre intérieur.
La question à poser devient donc :
« L’intérieur est-il réellement en cuivre nu ? »
Comment choisir une gourde en cuivre ?
Je classerais les informations données par les fabricants en cinq niveaux.
Niveau 1 : « cuivre pur »
C’est essentiellement une affirmation commerciale.
Niveau 2 : « cuivre 99,9 % »
L’information est plus précise, mais reste déclarative sans document permettant de la vérifier.
Niveau 3 : analyse de composition
Un rapport permet de connaître réellement le pourcentage de cuivre et les principaux autres éléments présents.
Niveau 4 : laboratoire indépendant identifiable
C’est encore mieux si l’analyse provient d’un laboratoire tiers clairement identifié et recherche notamment les métaux présentant un intérêt sanitaire.
Niveau 5 : composition + test de migration
C’est probablement le niveau d’information le plus pertinent.
Nous savons alors :
ce qu’il y a dans la bouteille
et
ce qui peut réellement passer dans l’eau.
Les gourdes en cuivre sont-elles finalement une arnaque marketing ?
Ce serait aller trop loin.
Et ce serait probablement aussi peu rigoureux que certaines promesses commerciales.
Le cuivre possède réellement des propriétés antimicrobiennes.
Plusieurs expériences montrent qu’un stockage prolongé de l’eau dans un récipient en cuivre peut entraîner une très forte diminution de la cultivabilité de certaines bactéries pathogènes.
Le cuivre passe réellement dans l’eau.
La pratique traditionnelle consistant à stocker l’eau plusieurs heures dans du cuivre possède donc un fondement biologique particulièrement intéressant.
En revanche, nous ne disposons pas du même niveau de preuve pour affirmer que boire quotidiennement cette eau :
- détoxifie l’organisme
- améliore la digestion
- augmente l’énergie
- améliore la peau
- favorise la perte de poids
- renforce l’immunité chez une personne dont les apports sont déjà suffisants
C’est précisément là que commence le marketing.
Du marketing du magnésium au marketing du cuivre
Nous retrouvons finalement exactement le mécanisme décrit dans notre article Magnésium : la vérité sur les différents sels et le marketing des compléments.
On part d’une réalité.
Le magnésium est indispensable.
Le cuivre est indispensable.
Puis on identifie une fonction réelle.
Le magnésium participe au fonctionnement du système nerveux.
Le cuivre participe au fonctionnement du système immunitaire.
Puis intervient le glissement commercial.
Une propriété physiologique du nutriment devient une propriété supposée du produit.
Or la physiologie humaine est beaucoup plus complexe.
Un minéral ne travaille jamais seul.
Sa quantité, sa forme, les autres nutriments présents, son absorption, les besoins de l’organisme et les mécanismes de régulation déterminent ce qui se passe réellement.
C’est aussi ce que j’appelle la cohérence du vivant : regarder un élément non comme une substance isolée produisant mécaniquement un effet, mais comme une partie d’un ensemble biologique qui cherche constamment à maintenir ses équilibres.
Ce que nous pouvons raisonnablement retenir
La gourde en cuivre est beaucoup plus intéressante que ne le laisserait penser une simple opposition entre « tradition » et « marketing ».
La tradition du stockage de l’eau dans du cuivre n’est pas absurde.
Elle repose sur une propriété antimicrobienne réelle du cuivre.
Mais cette propriété semble surtout intéressante pendant le stockage de l’eau.
Elle ne constitue pas une démonstration de tous les bénéfices proposés aujourd’hui après ingestion.
La quantité de cuivre qui passe dans l’eau varie énormément selon les conditions.
Et surtout, l’acidité change radicalement la situation.
Pour une gourde en cuivre nu, je resterais donc à une recommandation extrêmement simple :
de l’eau.
Pas de citron.
Pas de vinaigre.
Pas de jus de fruits.
Pas de boissons acides.
Et si l’on souhaite réellement acheter une gourde en cuivre de qualité, je chercherais moins les mots « ayurvédique », « énergétique » ou « détox » que trois informations beaucoup plus concrètes :
Quelle est la composition réelle du métal ?
Le produit a-t-il été testé par un laboratoire identifiable ?
Existe-t-il un test de migration ?
Conclusion : tradition intéressante ou marketing ?
Probablement les deux.
La science moderne donne une crédibilité étonnante à une partie de la pratique traditionnelle : laisser de l’eau plusieurs heures dans un récipient en cuivre peut réellement modifier sa qualité microbiologique vis-à-vis de certaines bactéries.
Mais le marketing moderne va beaucoup plus loin.
Le cuivre est indispensable.
Cela ne signifie pas qu’il faut chercher à en consommer davantage.
Le cuivre participe à l’immunité.
Cela ne signifie pas qu’une gourde en cuivre « renforce l’immunité ».
Le cuivre possède des propriétés antimicrobiennes.
Cela ne signifie pas qu’il « détoxifie » l’organisme lorsque nous le buvons.
Et une bouteille vendue comme « 100 % cuivre pur » ne nous dit pas encore tout ce que nous aimerions savoir sur sa composition et sur ce qu’elle libère réellement.
Finalement, trois questions me semblent beaucoup plus intéressantes que toutes les promesses inscrites sur l’emballage :
Quel cuivre ?
Qu’y a-t-il avec lui ?
Et surtout, qu’est-ce qui passe réellement dans mon eau ?
Références scientifiques principales
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DOI : 10.3329/jhpn.v30i1.11271
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DOI : 10.1007/s10482-009-9395-7
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DOI : 10.2903/j.efsa.2023.7728
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Copper – Fact Sheet for Health Professionals.
https://ods.od.nih.gov/factsheets/Copper-HealthProfessional/
World Health Organization.
Copper in drinking-water.
https://www.who.int/publications/i/item/WHO-HEP-ECH-WSH-2022.01
European Commission.
Food Contact Materials.
https://food.ec.europa.eu/food-safety/chemical-safety/food-contact-materials_en
European Directorate for the Quality of Medicines & HealthCare, EDQM.
Metals and alloys used in food contact materials and articles.
https://www.edqm.eu/en/metals-and-alloys-used-in-food-contact-materials-and-articles
DGCCRF.
Matériaux au contact des denrées alimentaires : la réglementation pour les professionnels.
https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/materiaux-au-contact-des-denrees-alimentaires-la-reglementation-pour-les-professionnels
U.S. Food and Drug Administration.
Food Code 2022. Copper, Use Limitation.
https://www.fda.gov/food/fda-food-code/food-code-2022
Sébastien LIEVRE – Santé taoïste chinoise et cohérence du vivant