Auguste Neveu et Pierre Delbet : le chlorure de magnésium face aux maladies infectieuses

Lorsque l’on s’intéresse aux travaux du professeur Pierre Delbet sur le chlorure de magnésium, un autre nom apparaît rapidement : celui du docteur Auguste Neveu.

Pierre Delbet avait développé le concept de cytophylaxie : plutôt que de chercher uniquement à détruire l’agent responsable d’une maladie, il s’intéressait à la capacité des cellules et des tissus à mieux résister aux agressions.

Auguste Neveu va reprendre cette idée et tenter de la faire sortir du laboratoire.

Médecin de terrain, il utilise le chlorure de magnésium dans différentes maladies infectieuses, aussi bien chez l’être humain que chez l’animal. Il rapporte notamment des observations concernant la diphtérie, la poliomyélite, certaines infections respiratoires, la maladie de Carré chez le chien et la fièvre aphteuse chez les bovins.

Ses affirmations sont parfois spectaculaires et doivent aujourd’hui être lues avec prudence : elles reposent essentiellement sur des observations cliniques et vétérinaires qui ne répondent pas aux standards des essais thérapeutiques modernes.

Mais son histoire mérite d’être connue.

Car elle constitue probablement l’une des tentatives les plus importantes de mise en pratique clinique des recherches de Pierre Delbet sur le magnésium.

Réponse rapide

Auguste Neveu est un médecin français qui reprend les travaux de Pierre Delbet sur la cytophylaxie et expérimente l’utilisation du chlorure de magnésium dans différentes maladies infectieuses humaines et animales.

Il publie notamment ses observations sur la poliomyélite et, en 1961, un ouvrage entier consacré à son utilisation dans l’élevage.

L’intérêt historique de Neveu réside autant dans les résultats qu’il affirme avoir obtenus que dans sa manière d’utiliser le chlorure de magnésium : concentration de la solution, quantité administrée à chaque prise et surtout répétition des prises.

Il faut cependant distinguer ces observations historiques d’une démonstration thérapeutique moderne. Elles ne permettent pas aujourd’hui de présenter le chlorure de magnésium comme un traitement validé de la poliomyélite, de la diphtérie ou des maladies infectieuses animales.

Pour comprendre l’origine de cette démarche, vous pouvez également consulter mon dossier consacré à Pierre Delbet, au chlorure de magnésium, à la cytophylaxie et à ses recherches sur le cancer.

Sommaire

De Pierre Delbet à Auguste Neveu
Qui était Auguste Neveu ?
Avant l’être humain : les expériences vétérinaires
Le chlorure de magnésium dans l’élevage
De la maladie de Carré à la poliomyélite

Quelle quantité de magnésium Pierre Delbet utilisait-il au quotidien ?

Le protocole de Neveu : 20 grammes par litre, mais pas un grand verre à chaque prise
Pourquoi fractionner les prises ?
Quand la diarrhée apparaissait
Que signifie exactement « chlorure de magnésium desséché » ?
Une concentration élevée ne signifie pas nécessairement une meilleure absorption
Neveu ne s’intéressait pas uniquement à la poliomyélite
De l’animal à l’homme : une démarche typique de son époque
Pourquoi les travaux de Neveu restent-ils néanmoins intéressants ?
Delbet et Neveu : deux étapes d’une même histoire
Que peut-on réellement conclure aujourd’hui ?
Une question qui reste ouverte
Questions fréquentes sur Auguste Neveu et le chlorure de magnésium
Pour aller plus loin
Références historiques
Qui suis-je ?

De Pierre Delbet à Auguste Neveu

Pour comprendre Neveu, il faut commencer par Delbet.

J’ai consacré un dossier complet à Pierre Delbet, au chlorure de magnésium et à la cytophylaxie, dans lequel je retrace ses recherches depuis la Première Guerre mondiale jusqu’à la publication de Politique préventive du cancer en 1944.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Pierre Delbet cherche des moyens de traiter les plaies infectées sans endommager davantage les tissus.

Ses recherches l’amènent progressivement à une idée originale : une substance peut être intéressante non parce qu’elle tue directement les microbes, mais parce qu’elle modifie la capacité des cellules de l’organisme à leur résister.

Delbet appelle cette approche la cytophylaxie.

Le chlorure de magnésium devient l’un des principaux outils de ses recherches.

Neveu découvre les travaux de Delbet et décide d’appliquer cette approche aux maladies infectieuses rencontrées dans sa pratique.

C’est ici que leurs parcours se séparent.

Delbet construit le concept. Neveu cherche à l’appliquer systématiquement sur le terrain.

Qui était Auguste Neveu ?

Auguste Neveu était un médecin français installé notamment en Charente-Maritime.

Il s’intéresse aux travaux de Delbet et commence progressivement à expérimenter le chlorure de magnésium dans sa pratique.

Son raisonnement reprend directement celui de Delbet.

Le chlorure de magnésium n’est pas considéré comme un antibiotique capable de détruire directement un microorganisme.

L’objectif est différent : stimuler ou restaurer certaines capacités de défense de l’organisme.

C’est pourquoi Neveu parle lui aussi de traitement cytophylactique.

Cette distinction est fondamentale pour comprendre ses écrits.

Il ne raisonne pas principalement en termes de :

microbe → substance antimicrobienne → destruction du microbe.

Il raisonne plutôt en termes de :

agression infectieuse → organisme → capacité de résistance → évolution de la maladie.

C’est exactement la logique initiée par Delbet.

Avant l’être humain : les expériences vétérinaires

Un aspect souvent oublié de l’histoire de Neveu concerne les animaux.

Avant de devenir principalement connu pour ses observations sur la poliomyélite, il expérimente le chlorure de magnésium dans différentes maladies vétérinaires.

Il rapporte notamment avoir commencé, en 1937, des essais sur la maladie de Carré chez le jeune chien.

Neveu affirme avoir ensuite traité de nombreux chiens et décrit des résultats particulièrement favorables lorsque les paralysies n’étaient pas installées depuis trop longtemps.

Ces observations vont jouer un rôle important dans son raisonnement ultérieur.

Neveu établit en effet un rapprochement entre certaines manifestations neurologiques de la maladie de Carré et celles rencontrées dans la poliomyélite humaine.

Cette comparaison historique ne signifie évidemment pas que les deux maladies soient identiques. Elles ne sont pas provoquées par le même virus et leur physiopathologie diffère.

Mais pour Neveu, l’expérience acquise chez le chien constitue une raison supplémentaire d’expérimenter son approche chez l’être humain.

C’est une caractéristique importante de son parcours : ses observations vétérinaires et médicales évoluent parallèlement et s’alimentent mutuellement.

Le chlorure de magnésium dans l’élevage

L’intérêt de Neveu pour la médecine vétérinaire ne se limite pas à quelques expériences.

En 1961, un ouvrage entier paraît sous son nom :

Le Chlorure de magnésium dans l’élevage, traitement cytophylactique des maladies infectieuses.

L’ouvrage compte 111 pages.

Une édition publiée en 2010 rassemble d’ailleurs son texte consacré à l’élevage et celui consacré à la poliomyélite.

Neveu rapporte notamment avoir expérimenté sa méthode lors d’épisodes de fièvre aphteuse.

C’est un aspect particulièrement intéressant de son travail parce qu’il ne raisonne plus uniquement à l’échelle d’un patient.

Il s’intéresse à une maladie infectieuse susceptible de toucher plusieurs animaux d’un même élevage et à la possibilité d’utiliser son approche à la fois chez des animaux malades et, selon ses écrits, dans une logique prophylactique.

C’est d’ailleurs cette ambition que l’on retrouve explicitement dans le titre de certaines de ses publications consacrées aux maladies infectieuses de « l’homme et du bétail ».

Une réserve reste cependant indispensable.

Nous avons pu documenter l’existence de cet ouvrage et de ces travaux, mais nous n’avons pas retrouvé l’intégralité de l’édition vétérinaire originale permettant de vérifier précisément, animal par animal, les quantités administrées, la fréquence des prises et tous les résultats annoncés.

Il serait donc imprudent de reconstruire artificiellement un protocole vétérinaire à partir de reprises secondaires.

Ce que l’on peut affirmer, en revanche, c’est que l’utilisation du chlorure de magnésium chez l’animal n’était pas anecdotique dans l’œuvre de Neveu.

Elle représentait une véritable partie de ses recherches.

De la maladie de Carré à la poliomyélite

C’est probablement l’une des étapes les plus étonnantes de son parcours.

Après ses expériences vétérinaires, Neveu va appliquer le même principe à la poliomyélite humaine.

Il rapporte un premier cas traité en 1943.

Il décrit celui d’un enfant de quatre ans présentant notamment une paralysie d’une jambe.

Neveu prépare alors une solution de :

5 grammes de chlorure de magnésium desséché dans 250 cm³ d’eau.

Cela correspond à une concentration de :

20 grammes par litre.

L’enfant reçoit une première prise de 80 cm³, puis une deuxième trois heures plus tard, avant de recevoir le reste de la préparation trois heures après.

Neveu rapporte une évolution extrêmement rapide et affirme que la fièvre et la paralysie avaient disparu le lendemain.

Ce récit est évidemment impressionnant.

Mais il faut immédiatement rappeler une distinction fondamentale : l’évolution d’un cas clinique isolé ne permet pas de démontrer que le chlorure de magnésium est responsable de l’amélioration observée.

Neveu considère néanmoins cette observation comme suffisamment importante pour poursuivre ses essais.

Il va alors développer progressivement un protocole beaucoup plus systématique.

Quelle quantité de magnésium Pierre Delbet utilisait-il au quotidien ?

Avant d’étudier les doses beaucoup plus importantes utilisées par le docteur Auguste Neveu lors de certaines maladies infectieuses, il est intéressant de revenir sur les quantités utilisées plus couramment par Pierre Delbet.

Dans ses travaux, Delbet utilise notamment la Delbiase, la préparation qu’il met au point avec le docteur Philippe Chapelle à partir de 1928. Elle associe principalement du chlorure de magnésium à de petites quantités d’autres sels halogénés de magnésium.

Dans Politique préventive du cancer, Delbet mentionne très fréquemment une prise quotidienne de deux comprimés de Delbiase, correspondant à 1,20 g de sels magnésiens. Selon les situations étudiées, il utilise également des quantités plus importantes, ce qui montre qu’il ne considérait pas cette dose comme universelle.

Mais ces chiffres sont difficiles à interpréter aujourd’hui, car Delbet raisonne en poids de sels de magnésium et non en magnésium élémentaire, qui est l’unité généralement utilisée aujourd’hui pour comparer les apports.

Si l’on rapporte approximativement cette quantité à l’équivalent en magnésium élémentaire, on arrive à un ordre de grandeur d’environ 140 à 150 mg de magnésium par jour, auxquels s’ajoutait évidemment le magnésium naturellement présent dans l’alimentation.

Cette conversion doit être considérée comme un ordre de grandeur, car la Delbiase n’était pas constituée exclusivement de chlorure de magnésium : elle associait plusieurs sels halogénés de magnésium dans des proportions définies par Delbet.

Ce chiffre est néanmoins particulièrement intéressant lorsqu’on le compare aux apports nutritionnels actuellement recommandés chez l’adulte, qui se situent généralement autour de plusieurs centaines de milligrammes de magnésium par jour en tenant compte de l’alimentation.

Delbet ne cherchait donc pas nécessairement à administrer quotidiennement des quantités énormes de magnésium. Dans une logique de terrain et de cytophylaxie, il semble avoir privilégié dans de nombreux cas un apport régulier et relativement modéré.

C’est précisément ce qui permet de mieux comprendre la différence avec Auguste Neveu.

Lorsque Neveu reprend les travaux de Delbet pour les appliquer à certaines maladies infectieuses, il change complètement d’échelle. Il utilise une solution de chlorure de magnésium beaucoup plus concentrée, avec des prises rapprochées pendant les phases aiguës.

Il faut donc distinguer deux démarches :

chez Delbet, un apport régulier de magnésium s’inscrivant notamment dans une réflexion sur le terrain biologique et la cytophylaxie ;

chez Neveu, des quantités beaucoup plus importantes, administrées de manière répétée sur une courte période dans une intention thérapeutique face à certaines maladies infectieuses.

Cette différence est essentielle, car elle montre que parler de « la dose de chlorure de magnésium de Delbet et Neveu » n’a finalement pas beaucoup de sens.

Ils ne l’utilisaient ni dans les mêmes quantités, ni avec la même fréquence, ni nécessairement dans le même objectif.

C’est justement cette deuxième utilisation, beaucoup plus intensive, que nous allons maintenant retrouver dans les protocoles décrits par Auguste Neveu.

Le protocole de Neveu : 20 grammes par litre, mais pas un grand verre à chaque prise

C’est probablement l’un des points les plus intéressants lorsque l’on revient aux écrits de Neveu.

On retient généralement de sa méthode :

20 grammes de chlorure de magnésium par litre d’eau.

Mais cette concentration ne suffit absolument pas à décrire son protocole.

La quantité administrée à chaque prise est tout aussi importante.

Chez l’adulte et l’enfant de plus de cinq ans, on retrouve généralement une quantité de l’ordre de 125 cm³ par prise, les prises étant initialement rapprochées puis progressivement espacées selon l’évolution.

Ainsi, Neveu ne demandait pas nécessairement de boire 200 ou 250 mL de solution à chaque administration.

À une concentration de 20 g/L :

125 mL correspondent à 2,5 g de chlorure de magnésium desséché.

200 mL correspondraient à 4 g.

250 mL correspondraient à 5 g.

La différence est importante.

Elle permet surtout de comprendre que trois paramètres doivent être distingués :

la concentration de la solution ;

le volume bu à chaque prise ;

la fréquence des prises.

Retenir seulement « 20 grammes par litre » fait donc disparaître une grande partie de la méthode de Neveu.

Pourquoi fractionner les prises ?

Cette manière de procéder devient particulièrement intéressante lorsqu’on la confronte à ce que nous savons aujourd’hui de l’absorption intestinale du magnésium.

Le magnésium est absorbé principalement dans l’intestin grêle, avec une participation du côlon.

Deux grands mécanismes interviennent.

Une partie passe entre les cellules intestinales par voie paracellulaire. Ce mécanisme devient particulièrement important lorsque la concentration de magnésium dans la lumière intestinale est relativement élevée.

Une autre partie utilise des mécanismes transcellulaires impliquant notamment des canaux de la famille TRPM, particulièrement importants lorsque les apports sont plus faibles.

L’élément essentiel est que la proportion du magnésium ingéré qui est absorbée n’est pas constante.

Lorsque les apports sont faibles, l’intestin peut augmenter proportionnellement son absorption.

Lorsque la quantité ingérée en une seule fois devient importante, la quantité totale absorbée peut continuer à augmenter, mais le pourcentage absorbé tend à diminuer.

Une partie plus importante du magnésium reste alors dans l’intestin.

Il existe donc une logique physiologique à répartir une quantité donnée en plusieurs prises plutôt qu’à l’administrer en une seule fois.

Cela ne démontre évidemment pas l’efficacité thérapeutique du protocole de Neveu.

Mais cela permet de comprendre pourquoi la fréquence des prises est un élément aussi important que la concentration de la solution.

Quand la diarrhée apparaissait

Cette question est particulièrement importante avec le chlorure de magnésium.

Le magnésium qui reste dans la lumière intestinale exerce un effet osmotique : il retient de l’eau et peut accélérer le transit.

Lorsque la quantité administrée dépasse suffisamment les capacités d’absorption de l’intestin, les selles deviennent donc plus liquides.

À doses importantes, une diarrhée peut apparaître.

Neveu avait évidemment rencontré ce phénomène.

Dans ses protocoles, la tolérance digestive constituait donc une limite pratique à l’administration.

Cela permet de comprendre quelque chose qui est souvent oublié lorsque ses méthodes sont reprises aujourd’hui.

Le protocole historique n’était pas simplement :

« boire du chlorure de magnésium à 20 g/L ».

Il reposait sur l’association :

concentration + quantité par prise + fréquence + tolérance digestive.

Une même quantité quotidienne administrée en plusieurs petites prises ne se comporte donc pas nécessairement de la même manière qu’une quantité identique absorbée en une seule fois.

Que signifie exactement « chlorure de magnésium desséché » ?

C’est une difficulté importante lorsque l’on cherche aujourd’hui à comparer la préparation de Neveu au Nigari.

Neveu indique utiliser du chlorure de magnésium desséché.

Or le Nigari commercialisé aujourd’hui est généralement constitué principalement de chlorure de magnésium hexahydraté : MgCl₂·6H₂O.

La différence n’est pas anodine.

Le chlorure de magnésium hexahydraté contient six molécules d’eau de cristallisation associées à chaque molécule de MgCl₂.

Par conséquent, 20 grammes d’un produit hexahydraté ne correspondent pas à 20 grammes de MgCl₂ anhydre.

Il faut donc être très prudent avec une équivalence fréquemment rencontrée aujourd’hui :

« Neveu utilisait 20 g/L, donc il suffit de mettre 20 grammes de Nigari dans un litre d’eau pour reproduire son protocole. »

Cette affirmation est trop rapide.

Si le Nigari utilisé est bien composé à environ 98 % de chlorure de magnésium hexahydraté, il faut tenir compte de cette forme hydratée lorsqu’on cherche à comparer sa teneur réelle en magnésium avec les préparations historiques.

Il faudrait également connaître précisément ce que recouvrait, dans la préparation pharmaceutique utilisée par Neveu, l’appellation « chlorure de magnésium desséché ».

On peut donc comparer les ordres de grandeur.

On ne doit pas affirmer que les préparations sont chimiquement strictement identiques sans disposer de cette information.

Une concentration élevée ne signifie pas nécessairement une meilleure absorption

Cette distinction permet de comprendre une erreur fréquente concernant le magnésium.

Doubler la quantité ingérée en une seule prise ne signifie pas nécessairement doubler la quantité qui atteindra les tissus.

À partir d’une certaine charge intestinale, une proportion croissante du magnésium reste dans l’intestin.

Le résultat peut alors devenir principalement digestif :

transit accéléré,

selles molles,

puis éventuellement diarrhée.

C’est également pourquoi diluer une même quantité de chlorure de magnésium dans davantage d’eau ne change pas nécessairement radicalement la quantité totale de magnésium que l’intestin doit absorber si l’ensemble est bu en une seule fois.

En revanche, répartir cette même quantité dans le temps peut modifier les conditions d’absorption.

Cela rejoint une observation très simple :

dose quotidienne et dose par prise ne sont pas deux notions interchangeables.

Cette question dépasse largement les travaux de Neveu et concerne pratiquement tous les compléments de magnésium.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter mon article consacré aux différentes formes de magnésium, à leur absorption et à leur tolérance digestive.

Neveu ne s’intéressait pas uniquement à la poliomyélite

Réduire Auguste Neveu à la poliomyélite serait une erreur.

Ses publications montrent qu’il voulait développer une méthode beaucoup plus générale.

Une communication de 1946 porte d’ailleurs un titre particulièrement révélateur :

Traitement cytophylactique de quelques maladies infectieuses de l’homme et du bétail par le chlorure de magnésium.

L’année suivante, il présente également un travail consacré aux propriétés pharmacodynamiques et thérapeutiques du magnésium.

La formulation « de l’homme et du bétail » est particulièrement révélatrice de son raisonnement.

Neveu ne considère pas son expérience comme une découverte limitée à une pathologie.

Il pense avoir trouvé une manière d’influencer les capacités générales de résistance de l’organisme.

C’est exactement ce que signifie le terme de cytophylaxie hérité de Delbet.

Cette ambition explique qu’il se soit intéressé à des maladies très différentes.

Mais elle constitue également la principale difficulté lorsque nous relisons son œuvre aujourd’hui.

Plus une hypothèse prétend avoir une portée générale, plus elle nécessite des démonstrations expérimentales solides.

Or celles-ci manquent pour transformer les observations de Neveu en recommandations thérapeutiques modernes.

De l’animal à l’homme : une démarche typique de son époque

Aujourd’hui, passer d’observations vétérinaires à une utilisation chez l’être humain nécessiterait des études précliniques, toxicologiques et cliniques extrêmement encadrées.

Ce n’était pas le contexte médical des années 1930 et 1940.

Neveu observe.

Il expérimente.

Il adapte ses doses.

Il compare les évolutions.

Puis il publie ses observations.

Cette démarche explique à la fois l’intérêt historique de son travail et ses limites scientifiques.

Nous possédons des récits cliniques et des séries de patients.

Nous n’avons pas les essais randomisés, les groupes placebo, l’aveugle, les critères diagnostiques standardisés et les analyses statistiques que nous exigerions aujourd’hui avant de conclure à l’efficacité d’un traitement.

Il faut donc lire Neveu pour ce qu’il est :

un médecin ayant développé et documenté une hypothèse thérapeutique, pas l’auteur d’une démonstration clinique répondant aux standards du XXIᵉ siècle.

Cela ne rend pas ses observations inutiles.

Cela définit simplement leur niveau de preuve.

Pourquoi les travaux de Neveu restent-ils néanmoins intéressants ?

Parce que la question qu’il pose demeure pertinente.

Pourquoi deux organismes exposés au même agent infectieux ne développent-ils pas nécessairement la même maladie avec la même intensité ?

L’immunité innée et adaptative, l’âge, l’état nutritionnel, les comorbidités, la génétique, le microbiote, l’état métabolique et de nombreux autres paramètres modifient la réponse à une infection.

Le terrain biologique compte.

Cette notion de terrain est également celle que j’explore sous un autre angle dans mon article Cancer et Yin-Yang : une autre lecture du terrain biologique à travers la cohérence du vivant.

Il ne s’agit évidemment pas de confondre une maladie infectieuse avec le cancer.

Mais une question similaire apparaît :

pourquoi, face à une même agression ou à un même déséquilibre, tous les organismes et tous les tissus ne réagissent-ils pas de la même manière ?

La lecture Yin-Yang permet d’aborder cette capacité d’adaptation comme une grille de lecture complémentaire du terrain et de ses déséquilibres.

Elle ne remplace évidemment pas l’explication biologique d’une infection ou d’un cancer.

Là où il faut également rester prudent, c’est lorsque l’on passe de cette évidence générale — le terrain influence la réponse à la maladie — à l’affirmation qu’une substance particulière permettrait à elle seule de modifier suffisamment ce terrain pour traiter une maladie infectieuse grave.

Cette deuxième proposition nécessite des preuves beaucoup plus solides.

C’est précisément là que se situe aujourd’hui la frontière entre l’intuition de Delbet et Neveu et la démonstration scientifique.

Delbet et Neveu : deux étapes d’une même histoire

Les deux hommes ne doivent finalement pas être confondus.

Pierre Delbet est avant tout le chercheur qui développe la notion de cytophylaxie et étudie les effets biologiques du magnésium.

Auguste Neveu est celui qui cherche à transformer cette idée en méthode thérapeutique applicable sur le terrain.

On pourrait résumer leur relation ainsi :

Delbet observe le comportement des cellules.

Delbet développe la cytophylaxie.

Neveu reprend cette hypothèse.

Neveu l’expérimente chez les animaux.

Neveu l’applique ensuite à différentes maladies infectieuses humaines.

Il publie ses observations et tente de faire connaître cette approche.

Cette filiation explique pourquoi il est difficile de comprendre véritablement Neveu sans avoir d’abord découvert les travaux de Pierre Delbet.

Pour comprendre cette première partie de l’histoire dans le détail, avec les communications de Delbet à l’Académie de médecine, ses expériences, la création de la Delbiase et ses recherches sur le cancer, vous pouvez consulter mon dossier Pierre Delbet et le chlorure de magnésium : peut-il aider à prévenir le cancer ?

Les deux articles forment ainsi une continuité historique :

Delbet : naissance et développement de la cytophylaxie.

Neveu : tentative d’application de la cytophylaxie aux maladies infectieuses humaines et animales.

Que peut-on réellement conclure aujourd’hui ?

Les écrits de Neveu constituent des documents historiques particulièrement intéressants.

Ils montrent qu’une véritable démarche thérapeutique fondée sur le chlorure de magnésium a été développée en France pendant plusieurs décennies.

Ils montrent également que les travaux sur le magnésium ne se limitaient pas à la fatigue, aux crampes ou à la supplémentation nutritionnelle telle qu’on la conçoit aujourd’hui.

Delbet et Neveu lui attribuaient une place beaucoup plus fondamentale dans la capacité de résistance du vivant.

Leurs travaux permettent également de comprendre que le protocole historique était beaucoup plus précis que la formule souvent répétée aujourd’hui de :

« 20 grammes de chlorure de magnésium par litre ».

La concentration n’est qu’un paramètre.

La quantité administrée à chaque fois et la fréquence des prises sont également essentielles.

En revanche, les travaux de Neveu ne démontrent pas, selon les critères scientifiques actuels, que le chlorure de magnésium traite la poliomyélite, la diphtérie, la maladie de Carré ou la fièvre aphteuse.

Cette distinction est indispensable.

On peut considérer que certaines de ses observations auraient mérité des expérimentations plus poussées sans transformer rétrospectivement ces observations en preuves cliniques.

C’est précisément ce qui rend cette histoire intéressante.

Une question qui reste ouverte

Près d’un siècle après les premières expériences de Delbet et Neveu, nous connaissons infiniment mieux le magnésium.

Nous savons qu’il intervient dans plusieurs centaines de réactions enzymatiques.

Nous savons qu’il est indispensable à l’utilisation de l’ATP.

Nous savons qu’il participe à la stabilité de l’ADN, à la signalisation cellulaire, au fonctionnement musculaire et nerveux et à différents mécanismes immunitaires.

Cela donne une base biologique moderne à l’idée générale selon laquelle le statut magnésien participe au fonctionnement normal des défenses de l’organisme.

Mais une question demeure :

les effets particuliers observés par Delbet et revendiqués ensuite par Neveu correspondaient-ils simplement à la correction d’une insuffisance en magnésium, ou existait-il réellement des effets particuliers liés aux formes utilisées, aux concentrations et surtout aux modes d’administration ?

Cette question mériterait d’être distinguée d’une autre :

une administration fractionnée et répétée produit-elle le même environnement biologique qu’une quantité quotidienne identique prise en une seule fois ?

Du point de vue intestinal, nous savons déjà que les deux situations ne sont pas strictement équivalentes.

En revanche, cela ne permet pas de déduire automatiquement un effet thérapeutique contre une infection.

C’est précisément le type de distinction qu’une réévaluation moderne des travaux de Neveu devrait examiner.

Et c’est peut-être finalement la partie la plus intéressante de son héritage.

Questions fréquentes sur Auguste Neveu et le chlorure de magnésium

Qui était le docteur Auguste Neveu ?

Auguste Neveu était un médecin français qui développa, à partir des travaux de Pierre Delbet, une utilisation dite cytophylactique du chlorure de magnésium.

Il publia notamment sur la poliomyélite et sur différentes maladies infectieuses rencontrées chez l’être humain et dans l’élevage.

Quel rapport existe-t-il entre Pierre Delbet et Auguste Neveu ?

Neveu s’inscrit directement dans la continuité des recherches de Delbet.

Delbet développe le concept de cytophylaxie et étudie le rôle du magnésium dans la résistance cellulaire.

Neveu tente ensuite d’appliquer cette idée à différentes maladies infectieuses humaines et animales.

Quelle concentration de chlorure de magnésium Neveu utilisait-il ?

Dans son texte consacré à la poliomyélite, Neveu décrit notamment une solution préparée à partir de chlorure de magnésium desséché à une concentration de 20 grammes par litre.

Mais connaître la concentration ne suffit pas pour comprendre son protocole.

Le volume administré à chaque prise et la fréquence des administrations sont également essentiels.

Quelle quantité donnait-il à un adulte ?

Dans les protocoles généralement rapportés chez l’adulte et l’enfant de plus de cinq ans, on retrouve 125 mL de solution par prise, avec des prises rapprochées au début puis progressivement espacées.

À une concentration de 20 g/L, 125 mL représentent 2,5 g du chlorure de magnésium desséché utilisé dans cette préparation.

Il ne faut donc pas confondre la concentration d’un litre de solution avec la quantité effectivement ingérée à chaque prise.

20 g/L de Nigari correspondent-ils exactement à la préparation de Neveu ?

On ne peut pas l’affirmer.

Le Nigari moderne est généralement constitué principalement de chlorure de magnésium hexahydraté, alors que les textes de Neveu parlent de chlorure de magnésium « desséché ».

Ces appellations ne doivent pas être considérées comme chimiquement interchangeables sans connaître précisément la composition des préparations utilisées.

Pourquoi le chlorure de magnésium provoque-t-il des diarrhées ?

Lorsque la quantité de magnésium présente dans l’intestin devient suffisamment importante, tout n’est pas absorbé.

Le magnésium restant dans la lumière intestinale exerce un effet osmotique et retient de l’eau.

Les selles peuvent devenir plus molles puis franchement liquides lorsque la quantité dépasse la tolérance digestive de la personne.

Est-il préférable de répartir le magnésium dans la journée ?

Pour l’absorption et la tolérance digestive, répartir une quantité importante de magnésium en plusieurs prises peut être plus favorable qu’administrer toute la quantité en une seule fois.

Cela ne signifie toutefois pas que le fractionnement transforme le magnésium en traitement d’une maladie infectieuse.

Ce sont deux questions différentes.

Neveu utilisait-il le chlorure de magnésium chez les animaux ?

Oui.

Cette partie de son travail est suffisamment importante pour qu’il publie en 1961 un ouvrage entier intitulé Le Chlorure de magnésium dans l’élevage, traitement cytophylactique des maladies infectieuses.

Ses travaux concernent notamment la maladie de Carré chez le chien et la fièvre aphteuse chez les animaux d’élevage.

Neveu utilisait-il le chlorure de magnésium en prévention ?

Il a effectivement présenté son approche dans une perspective qui ne se limitait pas toujours au traitement d’animaux ou de personnes déjà malades et évoquait également une logique prophylactique.

Cependant, nous ne disposons pas de données cliniques modernes permettant d’en déduire qu’une prise de chlorure de magnésium prévient les maladies infectieuses.

Le chlorure de magnésium peut-il aujourd’hui remplacer un traitement contre une infection ?

Non.

Les observations historiques de Neveu ne constituent pas un niveau de preuve suffisant pour remplacer un traitement médical validé, notamment face à une infection potentiellement grave.

L’intérêt de son œuvre est historique, physiologique et scientifique.

Il ne faut pas la transformer en protocole thérapeutique universel.

Pour aller plus loin

L’histoire d’Auguste Neveu ne peut finalement pas être séparée de celle de Pierre Delbet.

Pour comprendre comment est née la cytophylaxie, pourquoi Delbet s’est intéressé au chlorure de magnésium, comment il a ensuite développé la Delbiase et pourquoi ses recherches l’ont progressivement conduit vers la prévention du cancer, vous pouvez consulter mon dossier complet :

Pierre Delbet et le chlorure de magnésium : peut-il aider à prévenir le cancer ?

Vous pouvez également prolonger cette réflexion avec ma page Cancer et Yin-Yang : une autre lecture du terrain biologique à travers la cohérence du vivant, qui aborde sous un angle différent cette question centrale du terrain, de l’adaptation et de la perte progressive de cohérence biologique.

Enfin, mon article consacré aux différentes formes de magnésium permet de comprendre pourquoi parler simplement de « magnésium » est insuffisant et pourquoi la forme chimique, la quantité administrée, la fréquence des prises et la tolérance digestive doivent également être prises en compte.

Ces différents articles ne racontent finalement pas l’histoire d’une molécule miracle.

Ils explorent une question beaucoup plus vaste :

qu’est-ce qui permet à un organisme de conserver sa capacité de résistance, d’adaptation et d’organisation face aux agressions ?

Références historiques

Pierre Delbet, travaux sur la cytophylaxie et les sels de magnésium.

Pierre Delbet, Politique préventive du cancer, Denoël, 1944.

Auguste Neveu, Traitement cytophylactique de quelques maladies infectieuses de l’homme et du bétail par le chlorure de magnésium, Journées thérapeutiques de Paris, 1946.

Auguste Neveu, Les propriétés pharmacodynamiques et thérapeutiques du magnésium, Journées thérapeutiques de Paris, 1947.

Auguste Neveu, Traitement cytophylactique des maladies infectieuses par le chlorure de magnésium : la poliomyélite, Le François. Plusieurs éditions sont répertoriées à partir des années 1950.

Auguste Neveu, Le Chlorure de magnésium dans l’élevage, traitement cytophylactique des maladies infectieuses, Le François, 1961, 111 pages.

Auguste Neveu, Marie Billi, Jean Innocent Farma, Le chlorure de magnésium dans les maladies infectieuses, Sciences Libres, 2010. Cette édition réunit notamment des textes consacrés à la poliomyélite et à l’utilisation du chlorure de magnésium dans l’élevage.

Qui suis-je ?

Je suis Sébastien LIEVRE, praticien en santé taoïste chinoise et naturopathie, avec plus de vingt ans d’expérience dans l’accompagnement du terrain biologique.

Au fil de ces années, j’ai progressivement développé le concept de cohérence du vivant : l’idée que la santé ne dépend jamais d’une molécule, d’un organe ou d’un mécanisme isolé, mais de la capacité de l’ensemble de nos systèmes à fonctionner et à s’adapter ensemble.

L’alimentation, le métabolisme énergétique, le système immunitaire, l’inflammation, le sommeil, le mouvement, l’équilibre nerveux, l’environnement et les micronutriments participent tous à cette organisation.

C’est précisément pour cette raison que les travaux de Pierre Delbet et d’Auguste Neveu m’intéressent.

Il ne s’agit pas de transformer leurs observations anciennes en vérités scientifiques modernes ni de présenter le chlorure de magnésium comme un traitement universel.

Leur véritable intérêt se trouve ailleurs.

Delbet et Neveu posaient déjà une question qui reste fondamentale aujourd’hui : face à une agression, faut-il seulement chercher à combattre l’agresseur, ou faut-il également comprendre ce qui permet au vivant de lui résister ?

Cette interrogation traverse une grande partie de mon travail sur le magnésium, le jeûne, le Yin-Yang, le métabolisme énergétique et la prévention.

Sébastien LIEVRE – Santé taoïste chinoise et cohérence du vivant