
L’iode est indispensable au fonctionnement de la thyroïde. Sans lui, notre organisme ne peut pas fabriquer normalement les hormones thyroïdiennes T4 et T3, qui participent à la régulation du métabolisme, de la température corporelle, de l’énergie, du système cardiovasculaire, de la digestion ou encore du développement neurologique.
Pourtant, une question revient régulièrement : certaines substances présentes dans notre alimentation et notre environnement peuvent-elles empêcher la thyroïde d’utiliser correctement l’iode ?
Le fluor, le brome et le chlore sont souvent cités parce qu’ils appartiennent, comme l’iode, à la famille des halogènes.
On entend parfois qu’ils pourraient simplement « prendre la place de l’iode » dans l’organisme et participer ainsi à l’apparition d’une hypothyroïdie.
Cette explication contient une intuition intéressante, mais elle est beaucoup trop simpliste.
Le fluor ne remplace pas mécaniquement l’iode.
Le chlorure que nous consommons quotidiennement avec le sel ne bloque pas notre thyroïde.
Le bromure peut interagir avec certains mécanismes liés à l’iode, mais il ne possède pas simplement une « meilleure affinité » qui lui permettrait de chasser l’iode.
En revanche, plusieurs substances peuvent réellement perturber la captation de l’iodure par la thyroïde.
Parmi les plus intéressantes :
- le perchlorate ;
- le thiocyanate ;
- le nitrate ;
- le bromure.
Et deux d’entre elles, nitrate et thiocyanate, ne sont même pas des halogènes.
La véritable question n’est donc pas de savoir si « les halogènes remplacent l’iode », mais plutôt :
la thyroïde reçoit-elle suffisamment d’iode dans un environnement où différentes molécules peuvent en limiter la captation ou l’utilisation ?
C’est cette question que nous allons explorer.
Lien vers les analyses d’eau de votre commune
Sommaire
- Toutes les hypothyroïdies n’ont pas la même origine
- Pourquoi la thyroïde a besoin d’iode
- Comment l’iode entre dans la thyroïde
- Le transporteur NIS, au centre du problème
- Les halogènes peuvent-ils réellement remplacer l’iode ?
- Le fluor et la thyroïde
- Pourquoi le chlorure alimentaire n’est pas le problème
- Le perchlorate : un véritable inhibiteur de l’entrée de l’iode
- Où trouve-t-on du perchlorate ?
- Le bromure : moins puissant, mais plus abondant
- Où trouve-t-on du bromure ?
- Les nitrates : pas des halogènes, mais des concurrents de l’iode
- Les nitrates sont-ils pour autant mauvais ?
- Le thiocyanate : un autre inhibiteur souvent oublié
- Affinité, dose et concentration : ce qui compte vraiment
- Le véritable facteur de vulnérabilité : manquer d’iode
- Pourquoi une diminution de captation ne signifie pas forcément hypothyroïdie
- Une lecture Yin-Yang de la fonction thyroïdienne
- Faut-il éviter thé, café, légumes ou algues ?
- Comment assurer de bons apports en iode ?
- Ce qu’il faut réellement retenir
Toutes les hypothyroïdies n’ont pas la même origine
Avant d’aller plus loin, une distinction est essentielle.
Lorsqu’on parle d’hypothyroïdie, on regroupe sous un même terme des situations qui peuvent avoir des origines très différentes.
Dans les pays où l’apport en iode est globalement suffisant, l’une des principales causes d’hypothyroïdie est la thyroïdite de Hashimoto, une maladie auto-immune au cours de laquelle le système immunitaire s’attaque progressivement à la thyroïde.
Voir l’article spécifique à Hashimoto également
Cette situation est différente d’une hypothyroïdie liée à une insuffisance d’iode ou à une difficulté de la thyroïde à capter suffisamment d’iodure.
C’est principalement cette deuxième problématique que nous allons explorer dans cet article.
Le perchlorate, le nitrate, le thiocyanate ou le bromure peuvent intervenir dans les mécanismes permettant à la thyroïde de disposer de l’iode dont elle a besoin. Cela ne signifie pas qu’ils expliquent à eux seuls les hypothyroïdies observées dans la population.
Il faut donc distinguer deux questions :
Pourquoi la thyroïde manque-t-elle éventuellement d’iode disponible ?
et
Pourquoi la thyroïde elle-même est-elle progressivement altérée, comme cela peut se produire dans une maladie auto-immune telle que Hashimoto ?
Ces mécanismes peuvent d’ailleurs parfois coexister, mais ils ne doivent pas être confondus.
L’objectif de cet article n’est donc pas d’expliquer toutes les causes de l’hypothyroïdie par les halogènes ou par l’alimentation.
Il est beaucoup plus précis :
comprendre comment l’iode entre dans la thyroïde et quelles substances peuvent perturber sa disponibilité ou sa captation.
Pourquoi la thyroïde a besoin d’iode
L’iode est un micronutriment essentiel.
La thyroïde l’utilise principalement pour fabriquer deux hormones :
- la thyroxine, ou T4 ;
- la triiodothyronine, ou T3.
Le chiffre indique directement le nombre d’atomes d’iode présents dans chaque molécule.
La T4 en contient quatre.
La T3 en contient trois.
Sans iode, il est donc impossible de produire normalement ces hormones.
Cela explique pourquoi une carence iodée importante peut conduire à une augmentation de la TSH, à l’apparition d’un goitre et, lorsque la situation devient suffisamment marquée, à une hypothyroïdie.
Mais l’apport alimentaire ne constitue que la première étape.
Encore faut-il que l’iode puisse entrer dans la thyroïde.
Comment l’iode entre dans la thyroïde
Après absorption digestive, l’iode circule principalement dans le sang sous forme d’iodure I⁻.
La thyroïde doit ensuite être capable de récupérer cet iodure et de le concentrer fortement dans ses cellules.
Pour y parvenir, elle utilise une protéine spécialisée :
Le symporteur sodium/iodure, ou NIS
Son nom scientifique est SLC5A5.
NIS est situé dans la membrane des cellules folliculaires thyroïdiennes.
Il utilise le gradient de sodium pour transporter l’iodure depuis le sang vers l’intérieur de la cellule.
On peut donc le considérer comme l’une des principales portes d’entrée de l’iode dans la thyroïde.
Et c’est précisément ici que différentes substances peuvent interférer avec le processus.
Un point est important : ces substances n’ont pas besoin de s’accumuler dans la thyroïde pour perturber la captation de l’iode. Tant qu’elles circulent dans le sang, certaines peuvent interagir avec le NIS et diminuer la captation de l’iodure. Il faut donc davantage imaginer une compétition dynamique à la porte d’entrée de la cellule thyroïdienne qu’une accumulation progressive de substances dans la glande.
Le transporteur NIS, au centre du problème
NIS possède une forte capacité à transporter l’iodure.
Mais il n’interagit pas uniquement avec lui.
Plusieurs autres anions peuvent également être reconnus ou inhiber son fonctionnement.
Les principaux composés étudiés sont notamment :
perchlorate ClO₄⁻
thiocyanate SCN⁻
nitrate NO₃⁻
et dans une moindre mesure :
bromure Br⁻
Leur puissance n’est absolument pas identique.
Le perchlorate possède une très forte capacité à perturber la captation de l’iodure.
Le nitrate est beaucoup moins puissant molécule pour molécule, mais nous y sommes exposés en quantités largement supérieures.
Le bromure possède une affinité inférieure à celle de l’iodure, mais il peut être présent dans l’organisme à des concentrations beaucoup plus importantes.
Nous sommes donc face à une question de rapport entre affinité et concentration, et non à une simple compétition entre éléments du tableau périodique.
Les halogènes peuvent-ils réellement remplacer l’iode ?
La famille des halogènes comprend notamment :
fluor F
chlore Cl
brome Br
iode I
Ces quatre éléments se trouvent dans la même colonne du tableau périodique et partagent certaines caractéristiques chimiques.
Mais cela ne signifie absolument pas que les protéines humaines les considèrent comme interchangeables.
Une enzyme ou un transporteur biologique possède une structure tridimensionnelle et une sélectivité particulière.
Le simple fait que deux éléments appartiennent à la même famille chimique ne permet donc pas de prédire qu’un élément va automatiquement prendre la place d’un autre.
Le meilleur exemple est probablement le chlorure.
Le fluor et la thyroïde
Le fluor est souvent présenté comme l’un des principaux concurrents de l’iode.
L’affirmation la plus courante est :
« Le fluor remplace l’iode dans la thyroïde. »
Cette formulation n’est pas correcte.
Le fluorure n’est pas simplement un puissant concurrent direct de l’iodure au niveau du NIS de la même manière que le perchlorate.
Cela ne signifie pas pour autant qu’une exposition importante au fluorure soit nécessairement sans conséquence sur la physiologie thyroïdienne.
Différents mécanismes ont été étudiés, notamment dans des situations d’exposition élevée et parfois lorsque l’apport iodé est insuffisant.
Des effets sur certaines enzymes, sur le stress oxydatif, sur l’expression de protéines impliquées dans la fonction thyroïdienne ou encore sur le métabolisme de l’iode ont été explorés.
Mais cela reste très différent de l’image :
fluor → entre dans la thyroïde → remplace directement l’iode.
Les principales sources de fluorure peuvent comprendre :
- l’eau, selon sa composition ;
- le thé ;
- certaines céréales ;
- certains végétaux ;
- certains produits marins.
Le thé mérite une attention particulière car le théier est capable d’accumuler naturellement du fluorure dans ses feuilles.
L’exposition totale peut également comprendre le fluorure provenant de certains produits dentaires lorsqu’ils sont avalés.
Le fluor mérite donc d’être étudié, mais il ne faut pas le transformer artificiellement en concurrent direct majeur de l’iode lorsque le mécanisme réel est plus complexe.
Pourquoi le chlorure alimentaire n’est pas le problème
Le chlore constitue probablement la meilleure démonstration des limites de la théorie des halogènes.
Nous consommons quotidiennement plusieurs grammes de chlorure Cl⁻, principalement avec le chlorure de sodium :
NaCl, autrement dit le sel.
Nos besoins en iode se comptent, eux, en microgrammes.
Un apport iodé autour de 150 µg par jour correspond approximativement à :
1,2 µmol d’iode.
Les apports de chlorure atteignent, eux, plusieurs dizaines de milliers de micromoles par jour.
Si le simple fait d’appartenir à la famille des halogènes suffisait pour concurrencer l’iode, le chlorure empêcherait totalement le fonctionnement de la thyroïde.
Ce n’est évidemment pas le cas.
Le chlorure alimentaire n’est donc pas le problème.
En revanche, une autre molécule contenant du chlore possède un comportement radicalement différent :
le perchlorate.
Le perchlorate : un véritable inhibiteur de l’entrée de l’iode
Le perchlorate possède la formule :
ClO₄⁻
Il ne faut surtout pas le confondre avec le chlorure Cl⁻ présent dans le sel.
Le perchlorate fait partie des inhibiteurs les plus puissants du transport de l’iodure par NIS.
Il peut ainsi diminuer la quantité d’iodure entrant dans les cellules thyroïdiennes.
Nous sommes donc ici face à un mécanisme réellement démontré :
perchlorate ↑
↓
captation de l’iodure par NIS ↓
Mais même ici, il faut conserver une nuance essentielle.
Une diminution de la captation de l’iode ne signifie pas automatiquement hypothyroïdie.
L’organisme possède d’importantes capacités de compensation.
Nous y reviendrons.
Où trouve-t-on du perchlorate ?
Le perchlorate peut apparaître naturellement dans l’environnement, mais les activités humaines peuvent également contribuer à sa présence.
Il est particulièrement soluble dans l’eau.
Il peut donc circuler facilement :
sol → eau → plante → alimentation
Il peut être associé à :
- certaines eaux ;
- certaines contaminations industrielles ;
- certaines pratiques agricoles ;
- certains engrais ;
- l’eau utilisée pour l’irrigation.
Les végétaux peuvent ensuite l’absorber.
On peut notamment en retrouver dans :
- légumes-feuilles ;
- salades ;
- épinards ;
- herbes aromatiques ;
- plantes utilisées pour les infusions ;
- certains fruits et légumes ;
- différentes boissons ou préparations végétales.
Certaines analyses européennes ont trouvé des concentrations particulièrement élevées dans des herbes séchées et végétaux destinés aux infusions.
Il faut cependant éviter une nouvelle erreur d’interprétation.
Cela ne signifie pas que les épinards ou les herbes aromatiques sont intrinsèquement toxiques pour la thyroïde.
La concentration dépend fortement du sol, de l’eau, des pratiques agricoles et de l’environnement dans lequel la plante a poussé.
L’environnement peut-il fragiliser l’équilibre de la thyroïde ?
L’eau, les sols et certaines pratiques agricoles peuvent constituer des voies d’exposition à des substances capables d’interférer avec le métabolisme de l’iode.
Le perchlorate en constitue un exemple particulièrement intéressant. Très soluble dans l’eau, il peut contaminer les eaux souterraines ou d’irrigation, puis être absorbé par les végétaux. Certaines sources industrielles et certains engrais peuvent également contribuer à sa présence dans l’environnement.
Une fois absorbé, le perchlorate circule dans le sang et peut entrer en compétition avec l’iodure au niveau du transporteur NIS. Il peut ainsi diminuer la capacité de la thyroïde à capter l’iode dont elle a besoin.
Mais il serait excessif d’en conclure que « l’eau, les pesticides ou les engrais provoquent l’hypothyroïdie ». Tous les pesticides et tous les contaminants environnementaux n’agissent pas sur le NIS, et certains perturbateurs de la fonction thyroïdienne agissent par des mécanismes totalement différents.
Il est plus juste de considérer certaines expositions environnementales comme des contraintes supplémentaires auxquelles la thyroïde doit s’adapter.
Et leur importance peut devenir différente lorsque l’apport en iode est déjà insuffisant :
moins d’iode disponible + davantage de substances interférant avec sa captation = marge d’adaptation potentiellement plus faible.
Cela ne signifie pas nécessairement hypothyroïdie. La thyroïde possède d’importantes capacités de compensation.
Cela doit également être distingué de la thyroïdite de Hashimoto, dans laquelle le mécanisme central est auto-immun et non une simple compétition entre l’iode et des contaminants environnementaux.
Vérifiez la qualité de l’eau de votre commune
En France, les résultats du contrôle sanitaire de l’eau potable sont accessibles au public commune par commune. Ils proviennent des analyses réalisées dans le cadre du contrôle sanitaire par les Agences régionales de santé (ARS).
Vous pouvez ainsi consulter les dernières analyses de l’eau distribuée chez vous et rechercher notamment les nitrates, pesticides, fluorures et de nombreux autres paramètres lorsqu’ils ont été analysés.
ANALYSES D EAU DU ROBINET
Consulter les analyses officielles de l’eau potable de votre commune.

Attention toutefois : toutes les substances évoquées dans cet article ne sont pas nécessairement recherchées lors de chaque analyse. L’absence d’un composé dans un bulletin ne signifie donc pas automatiquement que sa concentration est nulle.
Ces données permettent néanmoins de replacer la question de la thyroïde dans un contexte très concret : la composition de l’eau et les expositions environnementales ne sont pas identiques partout en France.
Le bromure : moins puissant, mais plus abondant
Le bromure Br⁻ constitue un autre cas très intéressant.
Contrairement à certaines affirmations, le bromure n’a pas simplement une meilleure affinité pour NIS que l’iodure.
C’est plutôt l’inverse.
Mais le bromure peut être présent dans notre alimentation et notre organisme à des concentrations beaucoup plus élevées que l’iode.
Un apport de :
150 µg d’iode
représente environ :
1,2 µmol.
À titre d’exemple, un apport de :
8 mg de bromure
correspond à environ :
100 µmol.
En termes d’ingestion, cela représenterait donc environ :
80 ions bromure pour 1 ion iodure.
Mais cette comparaison ne permet pas de conclure que 80 bromures concurrencent directement chaque iodure.
Il faut tenir compte :
- de l’absorption ;
- de la distribution ;
- de la concentration sanguine ;
- de l’élimination ;
- de l’affinité pour NIS ;
- de la concentration réelle à proximité de la thyroïde.
Néanmoins, cette forte différence quantitative explique pourquoi le bromure mérite d’être pris en considération malgré une affinité moindre.
Le brome peut-il entrer dans la fabrication des hormones thyroïdiennes ?
Puis :
Des expériences animales apportent ici une nuance particulièrement intéressante. Chez des animaux soumis à une carence en iode associée à une forte exposition au bromure, des thyronines contenant simultanément du brome et de l’iode ont été détectées.
Cela montre que, dans certaines conditions expérimentales, le brome peut entrer dans la chimie normalement utilisée pour produire les hormones thyroïdiennes.
Mais il ne faut pas en conclure que l’organisme remplace simplement l’iode manquant par du brome pour fabriquer des T3 ou T4 normales. Les molécules bromées observées étaient en quantité insuffisante pour compenser la diminution des véritables hormones thyroïdiennes, et d’autres travaux ont retrouvé une incorporation organique du brome beaucoup plus faible.
Surtout, nous ne disposons pas de preuves permettant d’affirmer que le remplacement de l’iode par le brome dans les hormones thyroïdiennes soit un phénomène courant chez l’être humain.
Ces expériences renforcent néanmoins une idée importante : un apport iodé insuffisant peut rendre une forte exposition au bromure beaucoup plus pertinente pour la thyroïde.
Où trouve-t-on du bromure ?
Le bromure est naturellement présent dans l’environnement.
Le milieu marin en contient notamment beaucoup.
On peut donc en retrouver dans :
- algues ;
- produits de la mer ;
- certaines eaux ;
- céréales ;
- fruits ;
- légumes ;
- fruits à coque ;
- épices ;
- café ;
- thé ;
- plantes destinées aux infusions.
Les données européennes récentes montrent notamment des concentrations relativement élevées dans certaines :
- algues ;
- noix du Brésil ;
- plantes à infusion ;
- épices ;
- fruits à coque.
Les pratiques agricoles et certaines contaminations peuvent également augmenter l’exposition.
Mais là encore, la présence de bromure ne transforme pas automatiquement un aliment en problème.
Les algues constituent un exemple particulièrement révélateur.
Certaines peuvent apporter beaucoup de bromure.
Mais elles peuvent simultanément apporter des quantités considérables d’iode.
La question pertinente reste donc celle du rapport entre les différentes substances.
Les nitrates : pas des halogènes, mais des concurrents de l’iode
Les nitrates permettent de comprendre pourquoi limiter toute cette question aux halogènes est une erreur.
Le nitrate possède la formule :
NO₃⁻
Il ne contient ni fluor, ni chlore, ni brome ni iode.
Ce n’est donc absolument pas un halogène.
Pourtant, le nitrate peut lui aussi inhiber la captation de l’iodure par NIS.
Sa puissance est beaucoup plus faible que celle du perchlorate.
Mais il existe un élément déterminant :
Nous consommons énormément plus de nitrate que de perchlorate.
Nos apports peuvent atteindre plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de milligrammes par jour selon l’alimentation.
Les principales sources sont notamment :
- roquette ;
- épinards ;
- laitues ;
- betteraves ;
- céleri ;
- légumes-feuilles ;
- certaines eaux.
Cela illustre parfaitement un principe fondamental en toxicologie et en physiologie :
une faible affinité peut devenir pertinente lorsque l’exposition est très importante.
Les nitrates sont-ils pour autant mauvais ?
Non.
Et c’est là que la physiologie devient beaucoup plus intéressante que les listes de substances « bonnes » ou « mauvaises ».
Une partie du nitrate alimentaire suit la voie :
NO₃⁻ → NO₂⁻ → NO
Le monoxyde d’azote NO joue un rôle majeur dans :
- la vasodilatation ;
- la circulation sanguine ;
- la fonction endothéliale ;
- la régulation de la pression artérielle ;
- différentes adaptations cardiovasculaires.
Les légumes riches en nitrates sont d’ailleurs associés à de nombreux effets cardiovasculaires favorables.
Une substance peut donc être bénéfique dans un système physiologique tout en ayant la capacité d’interférer avec un autre mécanisme.
C’est pourquoi affirmer :
« les nitrates bloquent la thyroïde, donc évitez les légumes riches en nitrates »
serait une conclusion extrêmement réductrice.
La question reste celle de l’équilibre global.
Le thiocyanate : un autre inhibiteur souvent oublié
Le thiocyanate possède la formule :
SCN⁻
Il fait également partie des substances capables de perturber la captation de l’iodure par NIS.
Il peut notamment provenir du métabolisme de certains composés alimentaires.
On le retrouve également en relation avec certains végétaux contenant des composés cyanogènes ou glucosinolates.
Mais une source particulièrement importante est le tabagisme.
La fumée de cigarette contient notamment du cyanure, que l’organisme transforme en partie en thiocyanate.
Les concentrations de thiocyanate peuvent donc être sensiblement plus élevées chez les fumeurs.
Une personne fumant régulièrement tout en ayant un apport iodé insuffisant peut donc se trouver dans une situation différente d’une personne bénéficiant d’un excellent statut iodé.
L’alimentation peut également contribuer à cette exposition. Les crucifères — chou, brocoli, chou-fleur, chou de Bruxelles, navet, moutarde… — contiennent des glucosinolates dont certains produits de dégradation peuvent interférer avec le métabolisme de l’iode.
Le manioc constitue un autre exemple particulièrement intéressant. Il contient naturellement des glycosides cyanogènes, principalement la linamarine. Lorsque certaines variétés riches en ces composés sont consommées après une préparation insuffisante, davantage de cyanure peut être libéré.
L’organisme transforme ensuite une grande partie de ce cyanure en thiocyanate :
glycosides cyanogènes → cyanure → thiocyanate SCN⁻
Les méthodes traditionnelles de préparation du manioc — épluchage, râpage, trempage ou fermentation, pressage et cuisson selon les préparations — permettent justement de diminuer fortement cette exposition.
Cela ne signifie évidemment pas que le manioc ou les crucifères provoquent une hypothyroïdie. Historiquement, le problème devient surtout pertinent lorsque une exposition importante aux composés goitrogènes est associée à un apport iodé insuffisant.
Affinité, dose et concentration : ce qui compte vraiment
Nous arrivons ici à un point essentiel.
On pourrait comparer simplement les quantités consommées :
| Substance | Ordre de grandeur possible |
|---|---|
| Iode | environ 100 à 200 µg/j |
| Perchlorate | quelques µg à dizaines de µg/j |
| Fluorure | de l’ordre du mg/j |
| Bromure | plusieurs mg/j |
| Nitrate | dizaines à centaines de mg/j |
| Chlorure | plusieurs g/j |
À première vue, l’iode semble complètement minoritaire.
Mais cette comparaison brute est trompeuse.
La biologie ne fonctionne pas simplement selon :
« celui qui est présent en plus grande quantité gagne ».
Il faut prendre en compte simultanément :
concentration × affinité × absorption × distribution × élimination × sélectivité du transporteur
Le perchlorate représente le meilleur exemple.
Nous en consommons énormément moins que de nitrate ou de chlorure.
Mais sa capacité à inhiber NIS est beaucoup plus importante.
À l’inverse, le chlorure est extrêmement abondant mais pratiquement sans intérêt dans cette compétition physiologique.
Le véritable facteur de vulnérabilité : manquer d’iode
C’est probablement le point le plus important de toute cette question.
Imaginez deux personnes soumises exactement aux mêmes expositions :
- même quantité de perchlorate ;
- même quantité de bromure ;
- même quantité de nitrate ;
- même quantité de thiocyanate.
La première possède un apport alimentaire suffisant en iode.
La seconde possède un apport iodé faible.
La situation n’est pas comparable.
Chez la première :
iodure disponible suffisant
compétition modérée
↓
la thyroïde dispose encore d’une quantité importante de substrat.
Chez la seconde :
iodure disponible faible
même compétition
↓
la proportion d’iode disponible face aux différents concurrents diminue.
C’est donc probablement le rapport entre disponibilité de l’iode et pression exercée par les différents inhibiteurs qui mérite le plus notre attention.
Or la question de l’apport iodé reste d’actualité.
L’Organisation mondiale de la Santé a récemment souligné qu’avec l’évolution des habitudes alimentaires, certaines populations européennes présentent de nouveau un risque d’apports insuffisants en iode.
Plusieurs facteurs peuvent intervenir :
- diminution de certaines consommations de produits marins ;
- diminution des produits laitiers chez certains groupes ;
- remplacement du lait par des boissons végétales non enrichies ;
- utilisation de sels non iodés ;
- consommation importante d’aliments industriels dont le sel n’est pas nécessairement iodé.
On peut ainsi consommer beaucoup de sel sans pour autant consommer beaucoup d’iode.
Iode insuffisant + inhibiteurs : une combinaison plus intéressante que la seule présence d’un halogène
Le modèle qui semble le plus cohérent n’est donc pas :
fluor + brome + chlore = remplacement de l’iode
mais plutôt :
iode disponible insuffisant
- ●
perchlorate
- ●
thiocyanate
- ●
nitrate
- ●
bromure
↓
pression plus importante sur la captation effective de l’iodure
↓
adaptation de la thyroïde
↓
et, chez certaines personnes ou dans certaines situations, possibilité de déséquilibre thyroïdien.
Cela ne signifie pas que tous ces facteurs produisent automatiquement une hypothyroïdie.
Il existe une étape essentielle entre les deux :
la capacité d’adaptation de l’organisme.
Pourquoi une diminution de captation ne signifie pas forcément hypothyroïdie
C’est une distinction fondamentale.
Une diminution de la captation d’iode par la thyroïde ne signifie pas :
hypothyroïdie immédiate.
La thyroïde possède plusieurs systèmes d’adaptation.
Lorsque l’iode devient moins disponible, elle peut notamment :
- augmenter son efficacité de captation ;
- modifier son activité ;
- mobiliser ses réserves ;
- répondre à une augmentation de la TSH ;
- adapter la production et le métabolisme des hormones thyroïdiennes.
L’organisme possède donc une marge de sécurité importante.
C’est pourquoi on peut démontrer expérimentalement une inhibition partielle de la captation de l’iode sans nécessairement observer simultanément une hypothyroïdie clinique.
Il faut donc distinguer :
un mécanisme biologique
de
ses conséquences cliniques.
Dire :
« le perchlorate inhibe NIS »
est relativement solide.
Dire :
« cette quantité de perchlorate provoque une hypothyroïdie chez tout le monde »
ne l’est pas.
La différence est essentielle.
Une lecture Yin-Yang de la fonction thyroïdienne
La physiologie de la thyroïde peut également être regardée à travers une lecture plus globale inspirée du Yin et du Yang.
Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que le perchlorate serait Yin ou que l’iode serait Yang.
Ce serait une mauvaise utilisation du modèle.
Le Yin et le Yang permettent plutôt de comprendre la dynamique de régulation du système.
Pour fonctionner correctement, la thyroïde doit d’abord disposer de matière.
Elle a besoin :
- d’iode ;
- de nutriments ;
- de réserves ;
- d’une structure capable de fonctionner.
Cette dimension de matière, de réserve et de substance peut être rapprochée du Yin.
Mais disposer de cette matière ne suffit pas.
Il faut également :
- capter l’iode ;
- le transformer ;
- fabriquer des hormones ;
- stimuler le métabolisme ;
- produire de la chaleur ;
- adapter en permanence l’activité de l’organisme.
Nous retrouvons alors une dimension plus Yang, associée au mouvement, à la transformation et à l’activité.
Une thyroïde équilibrée doit donc constamment maintenir une cohérence entre :
ressources et utilisation
stockage et transformation
repos et activité
Yin et Yang.
La thyroïde n’est pas un interrupteur
Nous cherchons souvent une explication unique à une situation complexe.
Fatigue ?
« C’est la thyroïde. »
Hypothyroïdie ?
« C’est le manque d’iode. »
Problème d’iode ?
« C’est le fluor. »
Mais un organisme vivant fonctionne rarement selon une chaîne aussi simple.
Prenons une diminution progressive de la disponibilité de l’iode.
Dans un premier temps, l’organisme compense.
La TSH peut évoluer.
La captation d’iode peut augmenter.
La thyroïde peut modifier son fonctionnement.
Les réserves peuvent être utilisées.
Le système cherche en permanence à revenir vers un nouvel équilibre.
C’est précisément une dynamique que le Yin-Yang permet de comprendre :
une modification d’un élément entraîne une adaptation des autres.
Le déséquilibre apparaît lorsque les contraintes dépassent les capacités d’adaptation
Imaginons maintenant plusieurs phénomènes simultanés :
moins d’iode
- ●
davantage de compétition au niveau du NIS
- ●
stress chronique
- ●
besoins métaboliques importants
- ●
moins bonnes capacités de récupération
L’organisme peut continuer à s’adapter pendant longtemps.
Mais sa marge devient progressivement plus faible.
Le problème n’est donc pas nécessairement une molécule unique.
Il peut apparaître lorsque la somme des contraintes devient supérieure aux capacités de compensation de l’organisme.
Cette notion est particulièrement importante dans ma lecture de la cohérence du vivant.
La santé ne correspond pas à l’absence totale de contraintes.
Un organisme vivant est constamment confronté à des variations.
La santé correspond davantage à sa capacité à absorber ces variations, les compenser et retrouver un état cohérent.
Ni trop peu, ni trop
Cette logique s’applique également à l’iode lui-même.
Une insuffisance d’iode peut perturber la fonction thyroïdienne.
Mais cela ne signifie absolument pas que :
plus d’iode = meilleure thyroïde.
Un apport excessif d’iode peut également perturber la fonction thyroïdienne chez certaines personnes.
Nous retrouvons ici un principe fondamental du Yin et du Yang :
une substance nécessaire peut devenir déséquilibrante aussi bien par insuffisance que par excès.
La recherche ne porte donc pas sur le maximum.
Elle porte sur la juste quantité permettant au système de fonctionner correctement.
Cette question devient particulièrement importante dans la maladie de Hashimoto, où l’iode peut interagir avec le stress oxydatif et l’auto-immunité. Voir : Maladie de Hashimoto : pourquoi la thyroïde devient-elle la cible du système immunitaire ?
Faut-il éviter thé, café, légumes ou algues ?
Non.
Ce serait probablement l’une des conclusions les plus mauvaises que l’on puisse tirer de ce sujet.
On peut trouver :
- du fluorure dans le thé ;
- du bromure dans certaines algues ;
- du perchlorate dans certains végétaux ;
- des nitrates dans les épinards, la roquette ou la betterave.
Cela ne signifie pas que ces aliments doivent disparaître.
La betterave et les légumes-feuilles peuvent participer favorablement à la fonction cardiovasculaire grâce notamment à la voie nitrate-nitrite-NO.
Les produits marins fournissent des nutriments importants et peuvent être de bonnes sources d’iode.
Les algues peuvent contenir du bromure mais aussi des quantités parfois considérables d’iode.
Les végétaux apportent fibres, vitamines, minéraux et nombreux composés bioactifs.
Créer une nouvelle peur alimentaire autour de chaque substance potentiellement compétitive serait donc exactement l’inverse d’une approche cohérente.
La première question devrait plutôt être :
Mon alimentation fournit-elle suffisamment d’iode ?
Comment assurer de bons apports en iode ?
Chez l’adulte, les références nutritionnelles se situent généralement autour de 150 µg d’iode par jour.
Les principales sources peuvent comprendre :
Les poissons et produits de la mer
Ils constituent généralement de bonnes sources, avec des différences importantes selon les espèces.
Les œufs
Ils contribuent également à l’apport quotidien en iode.
Les produits laitiers
Dans plusieurs pays européens, ils représentent une source importante d’iode.
Leur teneur dépend notamment de l’alimentation des animaux et des pratiques d’élevage.
Le sel iodé
L’iodation du sel reste l’une des grandes stratégies utilisées mondialement pour prévenir la carence iodée.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille augmenter la quantité totale de sel consommée.
Lorsque du sel est utilisé, choisir du sel iodé peut simplement contribuer aux apports.
Réduire fortement sa consommation de sel ne bloque donc pas le NIS par manque de sodium. En revanche, lorsque le sel iodé constituait une source importante d’iode, sa suppression peut contribuer à diminuer les apports iodés.
Les algues
Certaines algues sont extrêmement riches en iode.
Mais leurs concentrations peuvent varier de façon spectaculaire.
Une consommation importante et régulière de certaines algues peut donc entraîner des apports excessifs.
Elles ne doivent pas être considérées comme une manière de consommer « autant d’iode que possible ».
Alors, fluor, brome et perchlorate peuvent-ils favoriser l’hypothyroïdie ?
La réponse nécessite plusieurs niveaux.
Le perchlorate
Oui, il peut inhiber directement et puissamment la captation de l’iodure par NIS.
C’est le mécanisme le mieux établi parmi les substances dont nous avons parlé.
Le bromure
Il peut interagir avec le système de transport de l’iode, mais possède une affinité plus faible que l’iodure.
Son intérêt provient notamment des quantités auxquelles nous pouvons être exposés.
Le fluorure
Il ne peut pas être décrit correctement comme un simple substitut de l’iode au niveau du NIS.
Des effets thyroïdiens ont néanmoins été étudiés, particulièrement à fortes expositions et dans certains contextes de faible apport iodé.
Les nitrates
Ils ne sont pas des halogènes mais peuvent inhiber la captation d’iode par NIS.
Ils sont relativement peu puissants, mais notre exposition alimentaire peut être importante.
Le thiocyanate
Il constitue également un inhibiteur connu du transport de l’iode et mérite une attention particulière chez les fumeurs.
Et enfin :
l’iode lui-même
Le statut iodé constitue probablement l’un des facteurs les plus importants permettant de déterminer si ces différentes expositions deviennent physiologiquement pertinentes.
Ce qu’il faut réellement retenir
La théorie selon laquelle :
« le fluor, le chlore et le brome prennent la place de l’iode parce qu’ils appartiennent à la même famille chimique »
est trop simpliste.
Le chlorure suffit presque à démontrer pourquoi.
Nous en consommons des quantités gigantesques par rapport à l’iode sans empêcher la thyroïde de concentrer celui-ci.
Mais derrière cette explication imparfaite existe un phénomène biologique beaucoup plus intéressant.
La thyroïde dépend d’un transporteur spécialisé :
NIS.
Et plusieurs substances peuvent effectivement perturber l’entrée de l’iodure :
perchlorate
thiocyanate
nitrate
bromure
Le fluorure constitue une problématique différente et plus complexe qu’une simple compétition directe.
La question essentielle devient alors celle de l’équilibre entre ressources et contraintes.
Si l’apport iodé est suffisant, la thyroïde possède généralement une marge importante.
Si l’apport diminue tandis que plusieurs facteurs limitant la disponibilité de l’iode s’accumulent, la situation peut devenir différente.
Mais là encore, l’organisme ne reste pas passif.
Il adapte son fonctionnement.
Il compense.
Il modifie ses équilibres.
Et c’est probablement là que la lecture Yin-Yang prend tout son sens.
La santé n’est pas l’absence de contraintes.
Elle est la capacité de notre organisme à maintenir sa cohérence malgré ces contraintes.
Plutôt que de chercher à éliminer chaque molécule présente dans notre environnement, la question la plus utile pourrait donc être beaucoup plus simple :
Notre organisme dispose-t-il des ressources nécessaires pour continuer à s’adapter correctement ?
Dans le cas de la thyroïde, cela commence notamment par s’assurer qu’elle dispose de suffisamment d’iode, sans tomber pour autant dans l’excès.
C’est une approche beaucoup moins spectaculaire que la recherche d’un coupable unique.
Mais elle correspond probablement beaucoup mieux à la réalité du vivant.
FAQ
Le fluor bloque-t-il l’iode ?
Le fluorure ne peut pas être présenté comme une substance qui prend directement la place de l’iode dans la thyroïde.
Contrairement au perchlorate, il n’est pas considéré comme l’un des principaux inhibiteurs compétitifs directs du transporteur NIS, qui permet à la thyroïde de capter l’iodure présent dans le sang.
Cela ne signifie pas qu’une exposition importante au fluorure soit sans effet sur la thyroïde. Des interactions avec la fonction thyroïdienne ont été étudiées, notamment lorsque l’exposition est élevée ou lorsque le statut en iode est insuffisant.
La formulation « le fluor bloque l’iode » est donc trop simpliste. Il est plus juste de dire que certaines expositions au fluorure peuvent influencer la physiologie thyroïdienne, sans qu’il s’agisse d’un simple remplacement de l’iode.
Le brome remplace-t-il l’iode ?
Le bromure Br⁻ peut interagir avec les mécanismes permettant à la thyroïde de concentrer l’iode, mais il ne possède pas une affinité supérieure à celle de l’iodure pour le transporteur NIS.
Il est donc incorrect d’affirmer que « le brome chasse l’iode parce qu’il se fixe mieux que lui ».
Son intérêt vient plutôt des quantités auxquelles nous pouvons être exposés. Alors que nos besoins en iode se mesurent en microgrammes, l’exposition alimentaire au bromure peut atteindre plusieurs milligrammes par jour.
Le rapport entre quantité de bromure, disponibilité de l’iode et capacité de la thyroïde à capter celui-ci est donc plus intéressant que la simple présence du brome.
Une nuance existe cependant : des expériences animales réalisées en situation de carence iodée et de forte exposition au bromure ont retrouvé des thyronines contenant du brome à la place d’une partie de l’iode. Cela ne démontre toutefois ni la fabrication de T3/T4 normales avec du brome, ni l’existence d’un phénomène équivalent significatif chez l’être humain.
Où trouve-t-on du perchlorate ?
Le perchlorate peut être présent naturellement dans l’environnement, mais également provenir de certaines activités humaines. Très soluble dans l’eau, il peut passer du sol et de l’eau d’irrigation vers les végétaux.
On peut notamment en retrouver dans :
- certaines eaux ;
- légumes-feuilles ;
- salades et épinards ;
- herbes aromatiques ;
- plantes destinées aux tisanes et infusions ;
- certains fruits et légumes.
Sa présence peut dépendre du sol, de l’eau d’irrigation, de certains engrais et de contaminations environnementales.
Le perchlorate est particulièrement intéressant pour la thyroïde car il constitue un inhibiteur puissant du transporteur NIS et peut ainsi diminuer la captation de l’iodure.
Où trouve-t-on les thiocyanates ?
Le thiocyanate peut être produit par l’organisme à partir du cyanure, notamment après exposition à la fumée de cigarette. Certains aliments peuvent également contribuer à cette voie, notamment les végétaux contenant des glucosinolates ou des composés cyanogènes. Le manioc constitue l’exemple classique lorsque des variétés riches en glycosides cyanogènes sont insuffisamment préparées. Chez une personne disposant d’apports iodés suffisants, la consommation normale de crucifères ne doit cependant pas être assimilée à une cause d’hypothyroïdie.
Les nitrates perturbent-ils la thyroïde ?
Oui, les nitrates peuvent réduire la captation de l’iodure par le transporteur NIS, même s’ils sont beaucoup moins puissants que le perchlorate.
Leur intérêt vient des quantités auxquelles nous sommes exposés. Les nitrates peuvent être consommés à raison de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milligrammes par jour selon l’alimentation.
Ils sont notamment abondants dans :
- roquette ;
- épinards ;
- laitues ;
- betteraves ;
- céleri ;
- autres légumes-feuilles.
Cela ne signifie absolument pas qu’il faille supprimer ces aliments.
Les nitrates alimentaires participent également à la production de monoxyde d’azote (NO), qui joue notamment un rôle dans la vasodilatation et la fonction cardiovasculaire.
Nous retrouvons donc une notion essentielle : une même substance peut participer favorablement à certains mécanismes physiologiques tout en interférant avec un autre système.
Un manque d’iode peut-il provoquer une hypothyroïdie ?
Oui. Une carence suffisamment importante en iode peut provoquer une hypothyroïdie.
L’iode constitue la matière première indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes T4 et T3.
Lorsque l’apport devient insuffisant, la thyroïde cherche dans un premier temps à compenser. La TSH peut augmenter afin de stimuler davantage la glande et d’améliorer la captation de l’iode disponible.
Si le déficit devient suffisamment important ou prolongé, cette compensation peut devenir insuffisante.
C’est également pourquoi le statut iodé est essentiel lorsqu’on s’intéresse au perchlorate, au bromure, aux nitrates ou au thiocyanate.
Une même exposition à ces substances n’a pas nécessairement la même importance chez une personne disposant de suffisamment d’iode et chez une personne dont les apports sont déjà insuffisants.
La véritable question devient donc moins :
« Quelle substance bloque ma thyroïde ? »
que :
« Ma thyroïde dispose-t-elle de suffisamment d’iode face aux différentes contraintes auxquelles elle est exposée ? »
Qui est Sébastien Lievre ?
Sébastien Lievre est praticien en santé taoïste chinoise et naturopathie, avec plus de 20 ans d’expérience dans l’accompagnement du terrain biologique et du jeûne, il a fait parti durant 17 ans de la Fédération Francophone du Jeûne FFJR.
Il a développé le concept de cohérence du vivant, qui désigne la capacité du corps à maintenir un équilibre dynamique entre ses fonctions, ses rythmes et son environnement