
On parle beaucoup de la préparation au jeûne. On parle de descente alimentaire, de ce qu’il faudrait supprimer avant de commencer, parfois de purge ou de lavements.
Mais on parle souvent beaucoup moins de ce qui se passe après.
Pourtant, après plusieurs jours sans manger, remettre des aliments dans son assiette n’est pas un détail.
La reprise alimentaire fait partie intégrante du jeûne.
Après 18 années d’encadrement du jeûne prolongé en présentiel, membre durant 15 années de la Federation Française de jeûne et randonnée FFJR, encadrement en France en Bretagne et au Brésil, et des milliers de personnes accompagnées, j’ai pu observer autant les journées sans alimentation que ce moment très particulier où l’on recommence à manger.
Et avec les années, une chose m’est apparue de plus en plus clairement : certaines des erreurs les plus importantes ne se produisent pas nécessairement pendant le jeûne.
Elles se produisent au moment de la reprise.
Manger trop vite. Manger trop. Avoir peur de certains aliments. Continuer au contraire à manger tellement peu que l’on ne sort jamais réellement du jeûne. Vouloir prolonger la cétose à tout prix. Copier la reprise alimentaire d’une autre personne. Ou croire qu’il existe un aliment miraculeux avec lequel tout le monde devrait obligatoirement rompre son jeûne.
Avant d’aller plus loin, si vous découvrez ce sujet, je vous conseille de commencer par ma page Pourquoi jeûner ?, qui constitue la porte d’entrée de tout le dossier consacré au jeûne sur ce site. Pour aller plus loin dans les mécanismes et comprendre ma vision du jeûne dans son ensemble, vous pouvez ensuite lire Comprendre le jeûne et la cohérence du vivant.
J’ai également consacré un livre entier à cette période : Après le jeûne – La réalimentation et le retour à la vie 2020
Cette notion de « retour à la vie » est importante.
Recommencer à manger n’est pas seulement remettre des calories dans l’organisme.
C’est progressivement revenir vers l’alimentation, l’activité, les autres et la vie quotidienne.
Une précision essentielle : cet article parle principalement d’un jeûne d’environ 7 jours
Les exemples que je vais donner dans cet article, notamment la progression de J+1 à J+5, concernent un jeûne prolongé d’environ une semaine.
C’est une durée que j’ai très régulièrement encadrée pendant toutes ces années.
Cette précision est fondamentale.
Une reprise après 7 jours de jeûne n’est pas une reprise après 14, 21 ou 30 jours.
Plus le jeûne a été long, plus la réalimentation doit être progressive et s’étaler dans le temps.
Après un jeûne beaucoup plus long, on ne peut donc pas simplement reprendre le programme J+1, J+2, J+3 présenté dans cet article et l’appliquer de manière identique.
La durée du jeûne, l’état nutritionnel avant celui-ci, l’âge, la perte de poids, l’état général et les éventuelles pathologies doivent être pris en considération.
Dans certaines situations, particulièrement après une privation alimentaire très prolongée ou chez une personne dénutrie ou fragile, la reprise relève d’ailleurs d’une surveillance médicale.
Ici, notre référence restera une semaine de jeûne chez une personne correctement préparée et ne présentant pas de situation médicale nécessitant une prise en charge particulière.
Sommaire
- La reprise alimentaire fait partie du jeûne
- Que se passe-t-il lorsque l’on recommence à manger ?
- Combien de temps doit durer la reprise ?
- La quantité compte autant que le choix des aliments
- Que manger pour rompre un jeûne de 7 jours ?
- Fruits, légumes et jus : faut-il obligatoirement commencer ainsi ?
- Céréales et légumineuses : quand les réintroduire ?
- Œufs, fromage, poisson et viande : faut-il attendre ?
- Reprendre avec de la viande pour rester en cétose ?
- Faut-il réellement chercher à rester en cétose ?
- Ce que fait Buchinger
- Ce que proposait Herbert Shelton
- Syndrome de renutrition : quand la reprise peut devenir dangereuse
- La vraie faim : faut-il manger lorsqu’on n’a pas faim ?
- L’erreur inverse : continuer à sous-manger
- Microbiote et probiotiques après le jeûne
- Simplicité digestive, mélanges et mastication
- Cru ou cuit : pourquoi le climat et la saison comptent
- Reprise alimentaire et Yin-Yang
- Exemple de reprise après un jeûne d’environ 7 jours
- Les erreurs les plus fréquentes après un jeûne
- La reprise psychologique : le véritable retour à la vie
- Faire du jeûne un point de départ plutôt qu’une parenthèse
- Jeûner chez soi ou être accompagné ?
- Mon livre sur la reprise alimentaire
La reprise alimentaire fait partie du jeûne
Je rencontre parfois des personnes extrêmement préoccupées par leur préparation au jeûne, mais qui n’ont pratiquement rien prévu pour les jours qui suivent.
C’est paradoxal.
La semaine précédant le jeûne, le jeûne lui-même et la semaine qui suit constituent pour moi un ensemble.
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’accorde beaucoup d’importance à la préparation alimentaire avant le jeûne : la descente alimentaire ne devrait pas être comprise comme une période pendant laquelle on cherche simplement à manger de moins en moins, mais comme une transition pendant laquelle on porte davantage d’attention à la qualité et à la simplicité de son alimentation.
J’ai également consacré un article spécifique aux pratiques souvent ajoutées à cette préparation — purge, sulfate de magnésium, lavements ou hydrothérapie du côlon — dans Préparation au jeûne : faut-il faire une purge avant de jeûner ?.
Pendant le jeûne, l’organisme s’adapte progressivement à l’absence de nourriture.
Puis, soudainement, la nourriture revient.
L’organisme doit de nouveau gérer des glucides, des protéines, des lipides, des fibres, des minéraux et des volumes alimentaires qui vont progressivement augmenter.
La reprise n’est donc pas simplement la fin du jeûne. C’est une nouvelle phase d’adaptation.
Que se passe-t-il lorsque l’on recommence à manger ?
Le corps ne possède pas deux boutons : « jeûne » et « alimentation ».
Il existe une transition.
Pendant plusieurs jours sans apport alimentaire, l’insuline diminue, l’utilisation des graisses augmente et la production de corps cétoniques prend une place beaucoup plus importante.
Le fonctionnement digestif est également profondément modifié puisque l’intestin ne reçoit plus les volumes alimentaires habituels.
Lorsque la nourriture revient, l’organisme change de nouveau de fonctionnement.
L’insuline remonte en fonction des aliments consommés, les corps cétoniques diminuent progressivement, le tube digestif retrouve une activité plus importante et l’organisme recommence à gérer les nutriments provenant de l’extérieur.
C’est une raison supplémentaire pour laquelle je préfère parler de réalimentation plutôt que simplement de « rupture du jeûne ».
La rupture peut être un repas.
La réalimentation est un processus.
Combien de temps doit durer la reprise alimentaire ?
Il n’existe pas un chiffre valable pour tout le monde.
Mais il existe un principe simple :
plus le jeûne a été long, plus la reprise doit être progressive.
Dans cet article, encore une fois, je parle principalement d’un jeûne d’environ 7 jours.
Après une semaine, plusieurs jours permettent généralement de retrouver progressivement une alimentation beaucoup plus complète.
Après deux ou trois semaines sans alimentation, nous sommes dans une situation très différente.
Il faut donc se méfier des tableaux trouvés sur Internet du type :
« Jour 1 : ceci. Jour 2 : cela. Jour 3 : alimentation normale. »
Sans savoir combien de temps la personne a jeûné, ce type de conseil ne veut pas dire grand-chose.
La quantité compte autant que le choix des aliments
C’est probablement l’un des messages les plus importants de mon livre.
On me demande souvent :
« Est-ce que je peux manger ceci ? »
« Est-ce que je peux manger cela ? »
Mais la question devrait souvent être :
« Combien ? »
Deux huîtres et douze huîtres ne représentent pas la même chose.
Une cuillère de lentilles et une assiette entière de lentilles ne représentent pas la même sollicitation digestive.
Un petit morceau de fromage et 200 grammes de fromage non plus.
J’utilise justement dans mon livre l’exemple des huîtres.
Après un jeûne, manger deux huîtres n’a rien à voir avec le fait d’en manger une douzaine.
C’est pourquoi je me méfie des listes binaires :
AUTORISÉ / INTERDIT.
La physiologie fonctionne rarement ainsi.
Après un jeûne, la quantité, la progression et la capacité digestive de la personne sont souvent aussi importantes que la nature exacte de l’aliment.
Que manger pour rompre un jeûne de 7 jours ?
Dans ma pratique, après environ une semaine de jeûne, je privilégie au départ des aliments simples et des quantités modestes.
Les fruits et les légumes ont naturellement une place importante.
Mais il ne s’agit pas d’établir une religion du fruit ou du jus.
L’objectif est de réintroduire progressivement l’alimentation.
Selon la personne, de très petites quantités de céréales complètes et de légumineuses peuvent également revenir rapidement.
Puis les quantités augmentent au fil des jours.
Ce point est important.
Ma conception de la reprise n’est pas de rester pendant une semaine entière avec trois feuilles de salade, une pomme et une soupe claire.
Il faut également sortir du jeûne.
Fruits, légumes et jus : faut-il obligatoirement commencer ainsi ?
Non.
Il existe plusieurs traditions.
Dans l’approche Buchinger, la rupture du jeûne se fait traditionnellement avec un aliment simple, souvent une pomme, puis les apports augmentent progressivement.
D’autres protocoles utilisent des jus de fruits ou de légumes.
Certains commencent avec des bouillons ou des préparations très diluées.
Cela devrait déjà nous rendre prudents lorsqu’une personne affirme :
« Le premier aliment après un jeûne doit obligatoirement être celui-ci. »
Il n’existe pas un aliment magique qui ouvrirait la porte de l’intestin.
Il existe surtout une logique de simplicité, de petite quantité et de progression.
Céréales et légumineuses : quand les réintroduire ?
Dans mon approche, elles peuvent revenir progressivement assez tôt après un jeûne d’environ 7 jours.
Dès le début de la reprise, selon la personne, une ou deux cuillères de céréales complètes et une petite quantité de légumineuses peuvent être envisagées.
Les quantités augmentent ensuite progressivement.
Pourquoi ?
Parce que la reprise n’a pas seulement pour objectif de ne pas brusquer la digestion.
Elle doit également permettre à l’organisme de retrouver progressivement une alimentation suffisamment nourrissante.
C’est particulièrement important chez les personnes qui avaient déjà tendance à manger trop peu avant leur jeûne.
Œufs, fromage, poisson et viande : faut-il attendre ?
Là encore, mon approche est moins rigide que certaines méthodes.
Je ne considère pas qu’une quantité minuscule d’un aliment animal soit nécessairement catastrophique simplement parce que l’on sort d’un jeûne.
Après un jeûne d’environ une semaine, on peut progressivement envisager un œuf, un petit morceau de fromage ou, selon les habitudes de la personne, une petite quantité d’un autre aliment animal.
La vraie question reste toujours :
Quelle quantité ? À quel moment ? Pour quelle personne ? Après quelle durée de jeûne ?
C’est très différent de reprendre immédiatement avec un gros morceau de viande, plusieurs œufs et une quantité importante de matières grasses.
Encore une fois, nous devons sortir de la logique :
aliment autorisé contre aliment interdit.
Reprendre avec de la viande pour rester en cétose ?
Cette idée se développe notamment dans certains milieux cétogènes et carnivores.
Je la rencontre également au Brésil, où le jeûne, le low-carb et les alimentations cétogènes sont très présents.
Le raisonnement paraît logique :
Le jeûne a installé la cétose.
Les glucides vont faire diminuer la production de corps cétoniques.
Pourquoi ne pas alors rompre le jeûne avec de la viande, des œufs et des graisses afin de rester en cétose ?
Le problème est que cette manière de raisonner mélange deux objectifs différents.
Rompre correctement un jeûne et maintenir volontairement une alimentation cétogène ne sont pas nécessairement la même chose.
D’autre part, manger de grandes quantités de protéines ne signifie pas automatiquement maintenir une cétose maximale.
L’apport protéique, l’apport énergétique global et la réponse individuelle comptent également.
Je ne dis donc pas qu’une petite quantité d’aliment animal serait par principe interdite.
Je pose une autre question :
Pourquoi la conservation de la cétose devrait-elle être l’objectif principal de la reprise ?
Faut-il réellement chercher à rester en cétose après le jeûne ?
Pendant le jeûne, la cétose est une adaptation physiologique remarquable.
L’organisme augmente l’utilisation de ses réserves graisseuses et produit davantage de corps cétoniques.
Mais lorsque l’alimentation revient, le changement métabolique fait partie de la reprise.
Je ne vois donc pas la sortie progressive de la cétose comme un échec.
Le jeûne est terminé.
Une autre phase commence.
Pour une personne suivant volontairement une alimentation cétogène dans un contexte particulier, la question peut évidemment être différente.
Mais cela ne doit pas être confondu avec une règle générale de reprise après un jeûne.
Ce que fait Buchinger
La comparaison avec Buchinger est intéressante parce que cette école possède une longue expérience du jeûne encadré.
La reprise alimentaire y est considérée comme une composante à part entière du séjour.
Elle ne consiste pas à terminer le jeûne le vendredi et à reprendre son alimentation habituelle le samedi matin.
Les aliments et les quantités sont réintroduits progressivement.
Je ne suis pas toutes les pratiques de Buchinger.
Mais sur ce principe, nous nous retrouvons :
la reprise mérite du temps.
Ce que proposait Herbert Shelton
L’approche hygiéniste de Herbert Shelton était encore différente.
Shelton accordait énormément d’importance au retour de la faim et à la prudence au moment de rompre un jeûne.
Son approche appartient à une autre époque et toutes ses explications physiologiques ne peuvent évidemment pas être reprises aujourd’hui comme des données scientifiques modernes.
Mais son observation reste intéressante :
le désir de manger peut revenir beaucoup plus vite que la capacité à manger de grandes quantités.
Après plusieurs jours sans nourriture, les aliments peuvent devenir extraordinairement attirants.
Et nous pouvons très facilement vouloir retrouver immédiatement une assiette normale.
C’est précisément là que la progressivité prend tout son sens.
Syndrome de renutrition : quand la reprise peut devenir dangereuse
Il faut ici distinguer la reprise habituelle après un jeûne volontaire d’environ une semaine chez une personne correctement sélectionnée d’une situation médicale beaucoup plus sérieuse : le syndrome de renutrition inappropriée, souvent appelé syndrome de renutrition.
Après une privation alimentaire importante, notamment chez une personne dénutrie ou présentant certains facteurs de risque, une réalimentation trop rapide peut provoquer des modifications importantes des équilibres hydriques et électrolytiques, notamment du phosphate, du potassium et du magnésium.
Dans ses formes sévères, cette situation peut être grave.
Cela ne signifie absolument pas que toute personne ayant jeûné sept jours va développer un syndrome de renutrition.
Mais son existence démontre quelque chose de fondamental :
après une privation alimentaire importante ou très prolongée, recommencer à manger n’est pas un acte anodin.
Plus le jeûne est long et plus le terrain est fragile ou dénutri, plus la reprise doit être individualisée et, lorsque la situation l’exige, médicalement surveillée.
C’est aussi pourquoi les exemples de cet article concernant un jeûne de 7 jours ne doivent jamais être transposés mécaniquement à un jeûne de plusieurs semaines.
La vraie faim : faut-il manger lorsqu’on n’a pas faim ?
La faim est un sujet fascinant après le jeûne.
Certaines personnes imaginent qu’après sept jours sans manger, elles vont se précipiter sur la nourriture.
Ce n’est pas toujours ce que l’on observe.
Certaines ont très peu faim.
Elles mangent quelques morceaux de fruits ou de légumes et se sentent rapidement rassasiées.
Je trouve intéressant de retrouver cette écoute.
Dans mon livre, je parle beaucoup de la vraie faim, celle qui ne correspond pas simplement à l’heure affichée par l’horloge ou à l’habitude de manger.
Le jeûne permet parfois de redécouvrir une différence que nous avions oubliée :
avoir envie de manger et avoir réellement faim ne sont pas toujours la même chose.
Mais qu’appelle-t-on réellement « avoir faim » ? Un creux dans l’estomac, une baisse d’énergie, des gargouillements ou une envie de manger ne correspondent pas nécessairement au même phénomène. J’explique plus précisément comment savoir si on a vraiment faim et comment apprendre à différencier ces différents signaux.
Cette distinction mérite d’être approfondie, car ce que nous appelons « faim » peut correspondre à des sensations très différentes. J’explique ici comment savoir si on a vraiment faim et comment distinguer creux gastrique, baisse d’énergie, envie de manger et véritable besoin alimentaire.
Mais attention.
Écouter sa faim ne signifie pas non plus prolonger indéfiniment la restriction.
L’erreur inverse : continuer à sous-manger après le jeûne
C’est une erreur que j’ai vue à plusieurs reprises.
La personne a tellement bien vécu son jeûne qu’elle ne veut presque plus recommencer à manger.
Elle rentre chez elle.
Une carotte.
Une compote.
Quelques légumes.
Le lendemain, presque la même chose.
Et quelques jours plus tard, elle ne se sent pas bien.
Pourquoi ?
Parce qu’elle croit avoir repris son alimentation alors qu’en réalité elle continue pratiquement à jeûner.
C’est un point auquel j’accorde beaucoup d’importance.
La reprise doit être progressive, mais elle doit être une vraie reprise.
Au fil des jours, l’apport alimentaire doit augmenter.
La personne recommence également à bouger, sortir, marcher et retrouver progressivement une vie plus active.
Tout cela participe au retour de l’appétit et à la transition vers une alimentation normale.
La progressivité ne doit pas devenir une nouvelle forme de restriction.
Microbiote et probiotiques après le jeûne
Autre question fréquente :
« Après une semaine sans manger, faut-il refaire son microbiote avec des probiotiques ? »
Je n’aborde pas les choses ainsi.
Le microbiote intestinal ne disparaît pas parce que nous avons arrêté de manger quelques jours.
En revanche, l’absence d’apports alimentaires modifie évidemment son environnement et les substrats disponibles pour les différentes populations microbiennes.
À la reprise, je préfère donc d’abord nourrir progressivement cet écosystème.
Les légumes, les fruits, les céréales complètes et les légumineuses apportent notamment différentes fibres utilisables par le microbiote.
Selon les habitudes et la tolérance, de petites quantités d’aliments fermentés peuvent également trouver leur place.
Avant de vouloir ajouter systématiquement une multitude de probiotiques, commençons donc par nous demander :
qu’allons-nous donner à manger aux bactéries déjà présentes ?
Simplicité digestive, mélanges et mastication
La reprise est aussi une magnifique occasion de redécouvrir quelque chose de très simple :
le goût des aliments.
Après plusieurs jours sans manger, une pomme peut devenir extraordinaire.
Une carotte possède une saveur que l’on avait oubliée.
Quelques grains de riz deviennent un véritable repas.
Il n’est donc pas nécessaire de fabriquer immédiatement des plats comprenant quinze ingrédients, trois sauces et deux desserts.
Dans mon approche, j’accorde beaucoup d’importance à la simplicité des repas, à la mastication et au fait de ne pas multiplier immédiatement les aliments très concentrés dans une même assiette.
Cette simplicité possède également un autre avantage :
elle permet d’observer.
Si je remets dix aliments simultanément et que mon ventre réagit, que puis-je en conclure ?
Pas grand-chose.
Avec une alimentation simple, le corps redevient lisible.
Cru ou cuit : pourquoi le climat et la saison comptent
C’est ici que mon approche s’éloigne davantage des protocoles universels.
Je travaille depuis de nombreuses années entre la France et le Brésil.
Et je ne vois aucune raison de conseiller exactement la même reprise à une personne qui sort d’un jeûne sous 35 °C au Brésil et à une personne qui reprend son alimentation en Bretagne en plein hiver.
Le climat change.
La saison change.
L’âge change.
La constitution change.
L’état de la personne change.
Notre besoin de cru, de cuit, de chaleur et de fraîcheur peut donc lui aussi changer.
C’est l’un des principes essentiels de mon approche de la santé taoïste chinoise :
il n’existe pas une alimentation parfaite identique pour tout le monde, partout et toute l’année.
Reprise alimentaire et Yin-Yang
C’est probablement ce qui différencie le plus mon approche.
Un fruit cru, aqueux et tropical n’a pas le même mouvement qu’une céréale longuement cuite.
Une soupe chaude n’a pas le même effet qu’un jus froid.
Un morceau de viande n’a pas la même concentration qu’une courgette.
Dans la lecture Yin-Yang que j’utilise, il ne s’agit pas de classer l’un comme « bon » et l’autre comme « mauvais ».
Il s’agit d’observer dans quelle direction l’aliment fait évoluer l’ensemble voir la page spécifique Yin Yang pour aller plus loin.
Une personne robuste, chaude, vivant sous un climat tropical n’a pas nécessairement besoin de la même reprise qu’une personne âgée, frileuse ou fatiguée vivant en Bretagne en janvier.
La cuisson elle-même transforme l’aliment.
Le cru, la vapeur, une cuisson dans beaucoup d’eau, une cuisson longue, le four ou la friture ne produisent pas le même résultat.
C’est précisément ce que le Yin et le Yang permettent de remettre au centre :
la relation entre l’aliment, la personne, la saison et son environnement.
Exemple de reprise alimentaire après un jeûne d’environ 7 jours
Je le répète volontairement : cette progression concerne un jeûne d’environ une semaine.
Elle constitue un exemple et non une prescription universelle.
J+1 : remettre doucement l’alimentation
Petites quantités.
Fruits ou légumes selon la saison, le terrain et la tolérance.
Un jus peut être utilisé, mais il n’est pas obligatoire.
De très petites quantités de céréales complètes et de légumineuses peuvent déjà être envisagées selon la personne.
L’objectif n’est pas de se remplir.
Il est de remettre l’alimentation en mouvement.
J+2 : augmenter progressivement
Les quantités augmentent.
Fruits et légumes gardent une place importante.
Les céréales complètes et les légumineuses peuvent également prendre davantage de place.
L’assiette commence progressivement à redevenir nourrissante.
J+3 : retrouver davantage de structure
Les quantités de céréales, légumineuses et légumes peuvent encore augmenter.
Selon la personne, ses habitudes et son terrain, un œuf ou une petite quantité d’un aliment plus concentré peut être envisagé.
On reste attentif à la satiété.
J+4 : se rapprocher d’un véritable repas
Les volumes alimentaires deviennent plus proches d’un repas habituel.
On continue cependant à éviter la multiplication des aliments très riches et les grandes quantités.
Le corps retrouve progressivement son fonctionnement alimentaire.
J+5 et les jours suivants : revenir vers une alimentation complète
À ce stade, après un jeûne d’environ 7 jours et lorsque tout s’est bien déroulé, l’alimentation peut progressivement se rapprocher d’une alimentation habituelle, simple et suffisamment nourrissante.
Les aliments plus concentrés peuvent retrouver leur place en fonction des habitudes de chacun.
Mais encore une fois :
J+5 après 7 jours de jeûne n’est pas J+5 après 21 jours de jeûne.
Plus le jeûne est long, plus cette progression doit être étalée.
Les erreurs les plus fréquentes après un jeûne
Avec les années, j’en retrouve régulièrement quelques-unes.
Reprendre immédiatement les quantités habituelles.
Multiplier les aliments dans le même repas.
Manger très riche parce que « le jeûne est terminé ».
Avoir au contraire peur de manger et rester dans une restriction excessive.
Vouloir absolument conserver la totalité du poids perdu pendant le jeûne.
Chercher à maintenir la cétose comme si en sortir constituait un échec.
Copier la reprise alimentaire de quelqu’un ayant jeûné une durée complètement différente.
Ou encore transformer la reprise en une nouvelle série d’interdits.
Mais j’ajouterais une erreur plus subtile :
ne plus écouter ce que le jeûne vient de nous montrer.
Après une semaine de simplicité, les réactions du corps deviennent souvent beaucoup plus évidentes.
C’est une occasion exceptionnelle d’observer.
La reprise psychologique : le véritable retour à la vie
C’est une partie de la réalimentation dont on parle très peu.
Et pourtant, j’y consacre une partie importante de mon livre.
Pendant une semaine de jeûne, particulièrement lorsqu’elle est vécue en groupe et hors de son environnement habituel, quelque chose change.
On ne mange plus.
On ne fait plus les courses.
On ne prépare plus trois repas par jour.
On s’éloigne d’une partie du monde matériel.
Le rythme ralentit.
Puis vient le retour.
La nourriture revient.
Mais le téléphone revient aussi.
Le travail.
Le conjoint.
Les enfants.
Les obligations.
Les horaires.
Et parfois les conflits.
On peut alors être surpris de sa propre sensibilité.
Dans ma lecture Yin-Yang, la reprise alimentaire représente aussi un retour vers la matière, vers une dimension plus dense, plus construite.
Mais la reprise est également relationnelle et psychologique.
Nous ne remettons pas seulement des aliments dans notre corps. Nous retournons dans le monde.
C’est pourquoi j’ai appelé mon livre :
Après le jeûne – La réalimentation et le retour à la vie.
La première pomme n’est finalement qu’une partie de la reprise.
Faire du jeûne un point de départ plutôt qu’une parenthèse
Le véritable intérêt d’un jeûne n’est peut-être pas de réussir à ne pas manger pendant sept jours.
Une fois que l’organisme s’est adapté, beaucoup de personnes découvrent d’ailleurs que cette partie est moins difficile qu’elles ne l’imaginaient.
La question beaucoup plus intéressante arrive ensuite :
qu’allons-nous faire de ce que nous avons observé ?
Reprendre exactement la même alimentation, les mêmes rythmes, les mêmes excès et recommencer quelques mois plus tard ?
Ou profiter de cette rupture pour modifier quelques éléments durables ?
Le jeûne permet parfois de retrouver des sensations très simples :
la faim,
la satiété,
le goût,
l’énergie,
le besoin de repos,
la réaction à certains aliments.
Il serait dommage de ne pas profiter de cette période particulière pour les observer.
Si vous souhaitez comprendre plus largement pourquoi je considère le jeûne comme un outil d’observation et d’adaptation du vivant, vous pouvez poursuivre avec Comprendre le jeûne et la cohérence du vivant.
Jeûner chez soi ou être accompagné ?
Un jeûne de plusieurs jours ne doit pas être confondu avec le fait de sauter un dîner ou de pratiquer ponctuellement un jeûne intermittent.
Il y a trois temps :
se préparer, jeûner, reprendre l’alimentation.
Pour les personnes qui souhaitent disposer d’une méthode structurée tout en restant chez elles, j’ai développé le programme Jeûne prolongé à la maison, qui permet de comprendre ces différentes étapes plutôt que de se lancer simplement en arrêtant de manger du jour au lendemain.
Pour celles et ceux qui préfèrent vivre cette expérience accompagnés, je propose également des semaines de jeûne prolongé en présentiel près de Vannes, dans le Golfe du Morbihan.
Après 18 années d’encadrement en présentiel, je continue à penser que l’intérêt de l’accompagnement ne consiste pas simplement à « surveiller quelqu’un qui ne mange pas ».
Il consiste aussi à expliquer ce qui se passe, à observer les différences entre les personnes, à respecter le repos, puis à préparer correctement le retour à l’alimentation.
Après le jeûne – La réalimentation et le retour à la vie
J’ai consacré un livre entier à ce sujet parce qu’il est impossible de réduire la reprise alimentaire à une liste de cinq menus.
J’y développe la progression des aliments et des quantités, la faim, les associations alimentaires, la mastication, le microbiote, le Yin et le Yang, mais également cette dimension souvent oubliée : la reprise psychologique et le retour vers le monde.
Vous pouvez retrouver ici mon livre consacré à la reprise alimentaire après le jeûne prolongé.
Après un jeûne, la question n’est donc peut-être pas seulement :
« Quel aliment dois-je manger en premier ? »
La question pourrait être beaucoup plus large :
« Comment ai-je envie de revenir à la vie ? »
Pour aller plus loin sur le jeûne
Si vous découvrez le sujet et souhaitez comprendre d’abord ses objectifs, commencez par Pourquoi jeûner ?.
Pour approfondir les mécanismes et ma lecture du jeûne dans la cohérence du vivant, poursuivez avec Comprendre le jeûne et la cohérence du vivant.
Si vous êtes dans la phase qui précède le jeûne et vous interrogez sur les purges, les lavements ou l’hydrothérapie du côlon, vous pouvez lire Préparation au jeûne : faut-il faire une purge avant de jeûner ?.
Et pour passer de la compréhension à la pratique, vous pouvez découvrir le programme Jeûne prolongé à la maison ou les semaines de jeûne prolongé en présentiel près de Vannes.
À propos de l’auteur
Sébastien LIEVRE est praticien en santé taoïste chinoise et naturopathie, avec plus de 20 ans d’expérience dans l’accompagnement du terrain biologique. Il accompagne le jeûne prolongé depuis près de vingt ans en France et au Brésil et a encadré plus de 2 000 personnes lors de jeûnes prolongés en présentiel.
Cette expérience de terrain nourrit aujourd’hui son travail autour du jeûne, de l’alimentation, du Yin et du Yang et de la cohérence du vivant.
Il a développé le concept de cohérence du vivant, qui désigne la capacité du corps à maintenir un équilibre dynamique entre ses fonctions, ses rythmes et son environnement.
Sébastien LIEVRE – Santé taoïste chinoise et cohérence du vivant